Mardi 29 mars 2011 2 29 /03 /Mars /2011 14:04
Par Sophie Tournon (Radio Liberté, Liberali) pour Regard sur l'Est

Le 15 mars 2011 s’est tenu, dans le prestigieux hôtel Marriott de Tbilissi, un colloque autour du thème de la Géorgie et l’Union européenne. Cette réunion était organisée par le fonds Soros «Société Ouverte –Géorgie», et les intervenants étaient des experts issus d’ONG associées, dont l’Association des Jeunes Juristes Géorgiens (GYLA) et Pour des Elections Justes. 

Les nombreux thèmes abordés revenaient sur les questions cruciales de construction institutionnelle, de droit et de démocratisation en Géorgie, depuis la réforme de la Constitution jusqu’aux problèmes de l’indépendance des médias. Les experts ont pointé les manquements, énuméré les obstacles à la construction d’une société plus démocratique et relevé les points noirs de la politique gouvernementale. Les différents rapports tenus venaient pratiquement remettre en question la nature du rapprochement Géorgie-UE, étant donné la lenteur, voire la non volonté de changer ce qui devrait l’être de la part des autorités.

Le principal grief, sur le plan institutionnel, portait sur le chevauchement des différentes branches du pouvoir, l’exécutif n’étant pas nettement séparé du législatif et la Justice étant elle-même subordonnée au pouvoir. L’experte des médias a souligné l’importance de revoir l’environnement économique et politique dans cette sphère sensible, et la transparence des administrations dites publiques dans leur communication, l’hôtel de ville de Tbilissi ayant été accusé de cultiver à cet égard une opacité aggravée. Les questions économiques, de droit, de justice abusive, de sécurité alimentaire et de transparence électorale ont été tour à tour évoquées, et ont « choqué » l’ambassadeur français Eric Fournier, auditeur attentif et diplomate concerné.

M. l’ambassadeur Fournier a lui-même créé la surprise en s’exprimant à la presse à l’issue de ces comptes rendus. Ses propos ont été repris dans les médias et commentés dans les forums, parce qu’ils expriment tout haut ce que certains craignent ou pensent, et parce que sa fonction fait de lui un porte-parole non seulement de la France – qui jouit d’une certaine aura depuis l’intervention armée en Libye - mais aussi de l’Union européenne.

Citation : « Après avoir écouté tout cela, j’ai, en tant que diplomate européen, un sentiment de dépression qui m’envahit. Les tentatives de l’Union européennes semblent vaines. Aucun progrès n’est visible dans le domaine de l’avancement des valeurs européennes. Il n’y a pas de média indépendant, aucune confiance dans les syndicats, aucun progrès visible dans l’économie… C’est une catastrophe. A vous entendre, j’ai le sentiment de vivre dans un pays néobolchevique, sans aucune liberté. » 

M. l’Ambassadeur a toutefois exprimé l’espoir que la Politique européenne de voisinage parviendra à changer la situation en Géorgie. Il a invité les Géorgiens à proposer davantage de tables rondes sur ces thèmes, et l’organisatrice du colloque a conclu sur une note positive, admettant que les réformes engagées avaient aussi des aspect positifs.
 

Dépêche publiée le 21/03/2011

Par sophie tournon - Publié dans : Géorgie-Europe - Communauté : l'actualité en général
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Dimanche 27 février 2011 7 27 /02 /Fév /2011 23:07

Sophie Tournon (sources : civil.ge, Rossiiskaya Gazeta) pour Regard sur l'Est (regard-est.com)

27.02.2011

C’est ce qu’estime Alexandre Torchine, vice-président de la Chambre haute du Parlement russe, dans un entretien accordé à la Rossiiskaya Gazeta le 25 février 2011. Selon lui, l’acte terroriste de l’aéroport Domodedovo, qui a fait 36 victimes le 24 janvier 2011, est imputable au Président géorgien Mikhéil Saakachvili, et non aux rebelles du Nord Caucase, comme officiellement présenté. Et le journaliste d’oser supposer que si la Géorgie était l’organisateur de cet attentat à Moscou, le commanditaire pourrait venir de bien plus loin encore. Hypothèse balayée par M. Torchine, qui affirme: «Saakachvili ne cache pas sa haine envers nous. Il a fait de la russophobie un produit à vendre. Il n’y a rien de plus à chercher dans cette histoire.»

Cette affirmation n’est qu’une pierre de plus dans le jardin miné des relations russo-géorgiennes: ce type de déclaration provocatrice  n’est pas rare, et les deux gouvernements sont des adversaires-partenaires bien rodés dans ce jeu de guerre rhétorique. L’art des phrases chargées comme des armes s’est développé depuis plusieurs années et a pris son envol depuis la guerre russo-géorgienne d’août 2008. Ce florilège anti-diplomatique, politiquement incorrect aussi grinçant que choquant mériterait son dictionnaire.

Parmi les plus saillants de ces traits d’esprit plus souvent taillés pour les médias que pour les personnes nominalement visées: M. Saakachvili est déclaré «cadavre politique» par le président Dmitri Medvedev en septembre 2008, et M. Saakachvili a comparé V. Poutine, alors président, à Chah Abbas connu pour avoir ravagé la Géorgie au XVIIIe siècle (23 janvier 2003), et la politique de la Russie de D. Medvedev à «celle d’un reptile, d’un crocodile prêt à vous dévorer» (25 janvier 2011).

Les stratégies déclaratives des deux gouvernements «ennemis» sont singulièrement identiques: considérer que le dialogue est impossible avec l’équipe dirigeante en place, et encenser la population de l’autre, réputée endurante, courageuse et prise en otage par son président. Les échanges réels qui se nouent sont toutefois de nature différente. Côté russe, le Kremlin accueille à bras ouverts les quelques personnalités géorgiennes de l’opposition qui viennent lui faire allégeance, tels N. Bourdjanadze et Gatchetchiladze, et abrite un oligarque d’origine géorgienne, Alexandre Ebralidze, qui prétend vouloir participer à la prochaine élection présidentielle géorgienne en tant que candidat patriote indépendant. Côté géorgien, la dernière stratégie en date est de se soucier d’un Caucase unifié incluant les peuples caucasiens du Nord Caucase. Il s’est agi pour le Parlement géorgien d’abord de réfléchir à une loi sur le « génocide des Tcherkesses » perpétué au XIXe siècle, afin de porter ombrage aux J.O. de Sotchi en 2014 qui doivent se dérouler à proximité de la région théâtre de ce génocide. Par ailleurs, les autorités géorgiennes ont décidé d’ouvrir leurs frontières aux Nord Caucasiens, exemptant de visa ces frères de culture.

L’élection présidentielle géorgienne aura lieu en 2013, d’ici là, d’autres piques ne manqueront d’être faite, alimentant la liste déjà fournie des échanges de politesse entre les deux voisins condamnés à se supporter.

 

 

Par sophie tournon - Publié dans : perles
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Mardi 4 janvier 2011 2 04 /01 /Jan /2011 15:11

par Sophie Tournon (Civil Georgia, Liberali, GHN, diverses vidéos sur Internet)

Regard sur l'Est (regard-est.com)

Le 3 janvier 2011, une dizaine d’hommes, anciens soldats ayant participé à la guerre en Abkhazie et en Ossétie du Sud en 1990-1994, se sont rassemblés à Tbilissi, sur la Place des Héros, pour protester contre leurs conditions de vie et revendiquer des droits.

Le groupe de vétérans s’est installé, avec des couvertures de fortune, au pied du mur érigé en mémoire aux soldats morts durant la guerre, mur recouvert du nom des victimes tombées. Ce mouvement fait suite et prolonge une grève de la faim entamée le 27 décembre 2010. L’objet de leur mécontentement est leurs conditions de vie misérables et leurs droits sociaux réduits (l’équivalent de 12 dollars de pension par mois) et chaque année rognés davantage, qualifiés d'«indignes» d’hommes qui ont fait guerre pour leur patrie. De manière générale, les conditions sociales sont très dures pour les classes moyennes et pauvres en Géorgie, et cette manifestation pacifique vient rappeler, après les agapes du nouvel an, que les questions cruciales des conditions de vies d’une large partie des Géorgiens restent en suspens.

Leur rassemblement a non seulement attiré les médias, mais aussi les forces de l’ordre et des hommes forts en civil, qui se sont empressés en masse de les déloger du monument, n’hésitant pas à employer la force contre ces personnes démunies, désarmées, insultant et bousculant la foule et même frappant sans raison une femme. Onze hommes ont été arrêtés pour «hooliganisme et désobéissance» et doivent payer une amende de 400 laris (env. 200 dollars). Selon le ministère de l’Intérieur, ces individus auraient violé la loi par leur comportement incivil et seraient sous l’emprise de l’alcool.

Les vidéos de leur arrestation a fait le tour de la toile, suscitant dégoût et révolte. L’association des Jeunes Avocats (GYLA), reconnue pour son ton critique envers les abus de pouvoir et son penchant à défendre une vision plus sociale des droits, affirme que le rassemblement pacifique des vétérans s’est déroulé en conformité avec les lois géorgiennes, les vétérans ayant prévenu la mairie et n’ayant pas cherché à bloquer la circulation. Le Médiateur de la République a abondé en ce sens et réclame la révision du jugement.

Il est intéressant aussi de noter que les télévisions nationales, dites proches du pouvoir, n’ont pas couvert cet événement, alors qu'il a fait l’objet d’un traitement permanent de la part de la chaîne indépendante Kavkassia. Enfin, dès le 4 janvier, des représentants de l’opposition ont saisi l’occasion pour faire de ces arrestations un moyen de se ressaisir politiquement et de reprendre le chemin de la mobilisation contre le gouvernement.

Par sophie tournon - Publié dans : Politique intérieure - Communauté : l'actualité en général
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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 19:38

Par Sophie Tournon (Sources : Business Gruzia, Gruzia Online, Regnum)
pour Regard sur l'Est


Une voie express de 224 km, surplombées de 15 ponts, a été inaugurée par le président Mikhéil Saakachvili ce 15 novembre 2010, en présence de l’ambassadeur des Etats-Unis, John Bass. «Il s’agit d’une route historique», a déclaré le Président géorgien, qui a évoqué les «trois grandes routes de l’histoire de la Géorgie»: la route militaire qui a assujetti la Géorgie à l’empire russe, celle du tunnel de Roki qui aggravait la dépendance du pays, et enfin, celle reliant Tbilissi à Akhalkalaki, dont le but est d’enfin réunir la Géorgie. 

La route, entamée au printemps 2008, relie la capitale aux zones méridionales de la Géorgie: la Samtskhé-Djavakhétie et une partie de la Kvémo Kartlie, régions frontalières de l’Arménie et de la Turquie. Ces régions enclavées, économiquement isolées, où vit une population majoritairement arménienne, sont ainsi enfin dotées d’une route praticable, les sortant de l’isolement où elles se trouvent (il fallait faire 8 heures de route, pour seulement 2h30 désormais). Du moins, c’est ce que recherchent les autorités géorgiennes, qui promettent de développer le réseau de chemin de fer depuis la ville turque de Kars jusqu’à celle d’Akhalkalaki. 

Ces projets, confiés à des compagnies allemande, géorgienne et azerbaïdjanaise, ont pu voir le jour grâce aux fonds américains du «Millenium Challenge», qui les financent à hauteur de 200 millions de dollars.

Par sophie tournon - Publié dans : Politique intérieure - Communauté : l'actualité en général
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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 19:37

Par Sophie Tournon (sources: Grouzia Online, AP de l’OTAN, Medianews ) pour Regard sur l'Est

L’Assemblée Parlementaire de l’OTAN s’est de nouveau clairement positionnée du côté de la version géorgienne, en précisant un «détail» de taille. 

A l’issue de son sommet, qui s'est tenu à Varsovie ce 16 novembre, l’AP de l’OTAN a pris la Résolution 382 déclarant l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, régions géorgiennes ayant fait sécession et ayant été reconnues en août 2008 par la Russie et une poignée d'autres Etats, comme étant «occupées». Ce terme, nuance qui manquait dans les précédentes résolutions parlant toutefois de respect de l’intégrité territoriale de la Géorgie, revêt une valeur politique immense aux yeux des autorités géorgiennes.

L'expression de territoires occupés est polémique et, bien entendu, est privilégiée par la Géorgie, pour qui l’indépendance non reconnue de ses régions et la présence accrue de l’armée russe à ses frontières constituent une violation insupportable de son territoire. Jusqu’à présent, l’OTAN, dont la Géorgie ne fait pas partie mais à laquelle elle espère un jour adhérer, évitait diplomatiquement cette terminologie, pour ne pas froisser la partie russe. Cette prise de position tranche ainsi fortement avec la prudence qui régnait jusque là, l’OTAN préférant se limiter à des appels au respect de la souveraineté territoriale de la Géorgie, sans les graver dans le marbre de résolutions formelles. De ce fait, la Russie a été logiquement enjointe à quitter les régions «occupées» afin de permettre le retour des déplacés et réfugiés géorgiens.

En outre, le président géorgien Mikhéil Saakachvili a été invité à participer au sommet de l’organisation transatlantique prévu ces 19-20 novembre à Lisbonne. En Géorgie, cette résolution et cette invitation laissent entrevoir l’espoir, un temps refroidi, que l’OTAN réévaluera positivement le dossier géorgien en vue d’une acceptation de sa candidature.

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Par sophie tournon - Publié dans : Géorgie-Russie - Communauté : l'actualité en général
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