Discours de Mikhéil Saakachvili sur la guerre, la paix et le reste...

Publié le par sophie tournon

Discours, traduit du russe, prononcé par le président Saakachvili  au moment de l'attribution des appartements aux veuves des soldats géorgiens morts en août 2008 (Civil georgia, 11.03.2009, http://www.civil.ge/rus/article.php?id=18808) :

"Nous avons osé ce que de nombreux pays n'ont jamais osé faire. Ces tanks qui sont entrés en Géorgie, ces tanks sont les mêmes que ceux qui prirent la Tchécoslovaquie, la Hongrie, l'Afghanistan, des pays bien plus grands que le nôtre, et la moitié de l'Europe. Beaucoup d'Européens ne comprennent toujours pas comment les Géorgiens ont pu ne serait-ce qu'imaginer que leur indépendance valait la peine de lutter contre 3000 tanks, 20 avions, 80 000 étrangers. Mais sans cette volonté de combattre, sans cette capacité à lutter, nous n'existerions plus.

Aujourd'hui, nous faisons tout pour obtenir la paix, tout pour que la paix, cette valeur suprême, ne soit pas mise à mal. Nous savons mieux que quiconque le prix de la paix intérieure et extérieure. Maintenant que l'économie reprend, que nous avons un plus grand soutien international qu'avant la guerre d'août, que la situation a entièrement changé en Géorgie et à ses frontières, je veux que nous comprenions que l'éventualité d'une nouvelle guerre est réduite. Certes, il est impossible de le garantir.

Je suis persuadé que notre voisin malintentionné sait pertinemment qu'une forteresse s'ouvre de l'intérieur. Il est impossible de mettre la géorgie à genoux si la Géorgie demeure une, si la géorgie reste stable.

Pour diverses raisons, l'ennemi s'est arrêté aux portes de Tbilissi, nous ne devons nous faire aucune illusion [sur ses intentions]. Tous les généraux avaient reçu l'ordre de marcher sur Tbilissi, et quand je me suis adressé à la Géorgie le soir du 11 [août], j'avais connaissance de l'ordre donné aux généraux pour entrer dans Tbilissi. A ce moment, nous attendions la confirmation de cette information et nous avons refusé de céder à la panique. Sans l'abnégation combattive de nos héros durant ces jours, sans l'arrêt de l'ennemi, à l'instar des 300 Aragvèles (héros historiques) qui arrétèrent l'ennemi, sans notre armée qui a stoppé les forces adverses 10 fois plus nombreuses en hommes et 20 à 30 fois en matériel; sans le sens du sacrifice de notre peuple, quand 200 000 personnes se sont réunies dans le centre de Tbilissi sous la menace des bombes, jour et nuit, pour montrer au monde que le peuple était uni; sans le fait que notre gouvernement n'ait pas fui comme en 1921, ainsi qu'ils le souhaitaient, mais est resté travailler jusqu'au bout, sans aucune défection, sans que personne ne tourne le dos à l'ennemi; sans le soutien international, quand 5 chefs européens se sont rendus ici sur place, ont assisté aux réunions, quand les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont exigé qu'on leur permette d'être logé sur nos ponts, dans nos aéroports, sur nos routes, pour que les Russes comprennent que leurs bombes viseraient des ministres étrangers; sans l'ingérence de l'UE, et enfin sans la 6e flotte états-unienne qui se dirigeait vers la Géorgie, et sans le discours préventif direct et sans précédent du président des Etats-Unis, en des termes jamais entendus depuis 1961 entre les Etats-Unis et la Russie; sans tout cela, aujourd'hui, la Géorgie ne serait pas indépendante, nous ne serions pas libres dans notre propre capitale. Que cela serve de leçon pour l'avenir.

Notre situation restera stable, nous serons unis, rassemblés contre les grandes idées, j'estime impossible que l'on puisse ébranler cette paix.

Nous voulons coopérer avec tout le monde, avec l'Europe, et la meilleure manière de montrer notre respect dû à nos soldats est de faire en sorte que la Géorgie devienne un pays européen moderne et talentueux, où nos enfants étudieront dans les meilleurs instituts européens, où on vivra libre et en démocratie, comme en Europe, où les villes et les villages seront meilleurs que ceux d'Europe occidentale, et où notre avenir sera protégé et garanti, et que notre pays décide seul de ses devoirs stratégiques, et rien ne pourra menacer l'unité de notre pays. Voici notre défi historique, notre devoir à accomplir.

Nous sommes parvenus à surmonter les problèmes de l'après guerre. Vous vous rappelez qu'on nous prédisait que cet hiver, la Géorgie se retrouverait dans l'obscurité, or il n'a pas fait sombre en Géorgie, comme nous l'avions promis. Si nous avons pu surmonter cet hiver, alors aucun autre hiver se sera plus sombre pour la Géorgie.

Nous avons conservé notre système financier, notre monnaie est stable, au contraire de bien des pays voisins. Avoir préservé notre système financier veut dire que les retraites et les salaires sont versés dans les temps. Bien sûr, il reste de grands problèmes économiques, c'est évident pour celui qui est au chômage, qui le matin se lève en pensant qu'il n'a nulle part où aller, qu'il n'y a pas plus grande tragédie. Mais nous nous rappellons qu'avant la guerre, nous nous développions dans le bon sens, en nous améliorant sans cesse, et rien ne pouvait nous arrêter.

Nous possédons une petite armée, et cette armée a accompli l'impossible. Aujourd'hui, nous passons à l'étape supérieure de la coopération militaire avec les meilleures armées du monde. Si auparavant il s'agissait d'une simple préparation de la géorgie aux opérations de maintien de la paix et aux fonctions policières, désormais l'armée géorgienne se préparera dix fois plus vite pour imposer la paix chez elle, non pour faire la guerre mais pour empêcher qui que ce soit d'entamer une guerre. Non pour susciter des troubles, mais pour éviter que quiconque n'incite au désordre. Pas pour soutenir la croissance économique, mais pour que notre économie soit protégée et pour que les investissements qui ont actuellement lieu et la création d'emplois se poursuivent. Nous mènerons cette mission jusqu'au bout, et notre Etat en sortira renforcé."

Publié dans Politique intérieure

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