Terres des hommes : les Balkars, les Adjares et un peu d'histoire soviétique

Publié le par sophie tournon

Les échecs sont un sport très prisé en Russie et dans les anciennes républiques soviétiques. Une fois l'échiquier en bois rangé, on se replonge dans des techniques d'attaques détournées à l'échelle de l'échiquier géopolitique. Les relations tendues entre la Russie et la Géorgie ne sont un secret pour personne, ces deux adversaires-partenaires s'affrontent depuis longtemps sur tous les fronts, mediatiques, financiers, commerciaux, chansons engagées, et même sur le front militaire comme cet été. Mais ce n'est pas tous les jours que l'on peut sortir son artillerie lourde. Une autre tactique plus lente et moins visible use des simples pions qui parsème l'échiquier.

Paul Goble, spécialiste de l'Eurasie, revient sur une "attaque" minime et symbolique d'un petit peuple de Russie contre la Géorgie, attaque dérisoire mais, pour continuer dans la métaphore ludique, qui cherche à créer un effet domino, autre sport apprécié sous ces latitudes (Paul Goble, 09.03.2009, http://windowoneurasia.blogspot.com/2009/03/window-on-eurasia-stalin-deported.html).

Au moment où les Balkars commémorent le 65e anniversaire de leur déportation massive en Asie Centrale par Staline, un groupuscule inspiré rapelle les faits en leur donnant une tonalité "intéressée". Selon ce groupe, le but de la déportation subie était d'attribuer une partie des terres balkares à la Géorgie. A leur retour et une fois passée la loi sur leur réhabilitation en 1991, les territoires géorgianisés ne furent pas rendus aux Balkars. Si, d'après Paul Goble, la plupart des Balkars ne se focalisent pas sur ce sujet passé, un groupe à Moscou en fait une question de principe. La Géorgie doit rendre ces terres. Ces revendications ont l'heur de plaire aux autorités russes et tombent à point nommé : la question des territoires spoliés vient alimenter le fleuve de repproches et d'animosité entretenus contre l'effrontée république géorgienne.

Autre pion entre les mains de la Russie : le "dossier du statut historique de l'Adjarie". Guiorgui Putkaradze, dans un article dans le journal Rezonansi (http://www.abkhazeti.info/news/1236227270.php), dénonce la proposition faite par le ministre russe des Affaires étrangères au gouvernement turc. Il serait question de vérifier l'application de la Géorgie à remplir ses obligations historiques : selon le traité de Kars signé entre la Russie, la Géorgie et la Turquie en 1921, cette dernière acceptait de céder la région adjare, musulmane et turcophone, à la condition que le gouvernement géorgien garantisse son autonomie religieuse et culturelle. La proposition de M. Lavrov met en doute la volonté du gouverment Saakachvili de tenir cette promesse. Selon M. Putkaradze, la Russie chercherait à reconsidérer le traité et à "rendre" l'Adjarie à la Turquie, par ailleurs alliée politique et commerciale de la Géorgie.

Info ou intox, se demande le politologue géorgien Ramaz Sakvarelidze : cette lettre de M. Lavrov à son homologue turc est-elle réelle ou fantasmée, fait-elle partie d'un plan de propagande en vue de créer la panique à Tbilissi? Le tout est de voir dans ces offensives mineures les signes d'une autre stratégie où des pions sont avancés doucement, mais surement.

Publié dans Culture

Commenter cet article