Saakachvili - opposants politiques : le bras de fer est engagé

Publié le par sophie tournon

En réponse à la menace brandie par plusieurs partis d'opposition de soulever la population contre le président le 9 avril prochain, les autorités géorgiennes leur oppose une vieille technique éprouvée : la chasse aux sorcières.

Lundi 23 mars, des membres du parti "Mouvement démocratique pour l'unité de la Géorgie", dirigé par Madame Nino Bourdjanadze, ont été arrêtés à Batoumi et à Tbilissi, et accusés de possession illégale d'armes à feu. Le responsable du parti pour l'Adjarie aurait été interpelé alors qu'il se trouvait dans un sauna, et accusé de port de grenade (Kommersant, Gueorgui Dvali, 24.03.2009, http://www.kommersant.ru/doc.aspx?DocsID=1143102).
Selon un responsable de ce parti d'opposition, "les autorités ont arrêté nos représentants les plus importants. Dans tous les cas, on aurait trouvé sur eux des armes en fait posées par la police elle-même. Il s'agit d'une véritable répression dont le but est de nous effrayer en prévision de la manifestation du 9 avril."

L'époux de Nino Bourdjanadze est aussi inquiété. Badri Bitsadze, ancien proche du ministre de l'Intérieur et ex-chef de la police des frontières, est soupçonné depuis plusieurs jours par certains médias (le journal "Alia" et la chaîne "Roustavi 2") de former une milice armée en vue du 9 avril, et même de vouloir renverser par la force le président Saakachvili, grâce à l'aide de complices haut placés dans divers services d'ordre. Badri Bitsadze affirme que le ministre de l'Intérieur l'aurait indirectement prévenu et enjoint de quitter le pays, car il ne pouvait plus rien faire pour le protéger, ce que Badri Bitsadze refuse de faire.
Les journaux russes "Nezavisimaya gazeta" et "Kommersant" font le rapprochement avec l'arrestation, en 2006, sur les mêmes motifs, de membres de l'organisation d'opposition "Imedi" de l'ancien ministre de la Défense Igor Guiogadze, ainsi qu'avec l'arrestation de partisans de l'ancien premier ministre passé à l'opposition Zourab Nogaideli, cette fois pour possession de drogues.

Nino Bourdjanadze, qui avait été accusée il y a quelques jours de faire financer son parti par la Russie, parle d'une justice sommaire menée par le gouvernement à son encontre. "Je ne serai pas étonnée si aujourd'hui ou demain on découvre chez moi de la drogue ou même une bombe atomique dans ma maison," a-t-elle déclaré. "Le président de la Géorgie Mikhéil Saakachvili devra obligatoirement comparaître devant un tribunal. Je demande aux défenseurs de la loi et aux juges de ne pas obéir aux décisions iniques des autorités et d'agir suivant la loi". Le service de presse du parti de Nino Bourdjanadze affirme en outre que les services de police des frontières subissent une purge dans ses effectifs.

Selon certains experts géorgiens, de tous les leaders de l'opposition, Nino Bourdjanadze est celle qui aurait le plus de chance de gagner le pouvoir, ne serait-ce que du fait de son entregent et de son expérience dans les structures gouvernementales (Kommersant, Gueorgui Dvali, 24.03.2009, http://www.kommersant.ru/doc.aspx?DocsID=1143102).

Au cours de la journée de ce lundi 23 mars, le ministère de l'Intérieur a diffusé des documents établissant la culpabilité des arrêtés (Rustavi2, 24.03.2009, http://rustavi2.com/news/video.php?fr=video&id_news=30810&lang=eng&ftp1=1&ftp2=0&ftp3=0). Six d'entre eux ont été pris en flagrant délit, grâce à des agents se faisant passer pour des revendeurs d'armes. Le chef du département des analyses du ministère de l'Intérieur dément toute collusion entre ces arrestations et des objectifs politiques. Nino Bourdjanadze, juriste de formation, a réagi en déclarant : "Nous savons tous ce que sont ces films, comment ils sont faits. Ces films doivent subir une expertise sérieuse". Selon elle, ces films ne prouvent en rien l'organisation d'une milice ou d'un soulèvement (Civil Georgia, 23.03.2009, http://www.civil.ge/rus/article.php?id=18874). Les députés de l'opposition mettent aux aussi en doute ces images et appellent à plus de transparence de la part du ministère de l'Intérieur (Civil Georgia, 23.03.2009, http://www.civil.ge/rus/article.php?id=18876 ).

Lundi soir, deux personnes membres du parti "Pour sauver la Géorgie", ont été à leur tour arrêtées pour organisation terroriste, accusation basée sur des écoutes téléphoniques (Nezavisimaya Gazeta, Youri Simonian, 24.03.2009, http://www.ng.ru/cis/2009-03-24/2_Saakashvili.html?mthree=4).

Selon plusieurs membres de partis de l'opposition, ces actions d'intimidation musclée ne sont qu'un prélude de ce qui attend les Géorgiens le 9 avril, dont la manifestation est maintenue.

Publié dans Politique intérieure

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