L'analyse du politologue Artchil Gueguechidze

Publié le par sophie tournon

L'édition du 23-29 mars 2009 de l'hebdomadaire géorgien "Kviris palitra" nous offre l'analyse de la situation politique en Géorgie par le politologue Artchil Gueguechidze (კვირის პალიტრა, Datchi Grdzelichvili, 23-29 mars 2009).

M. Gueguechidze revient sur la proposition des partis chrétien-démocrate et traditionnaliste d'ouvrir une alternative politique au régime présidentiel actuel, alors que le pouvoir et l'opposition sont obnubilés par la manifestation prévue le 9 avril. Lors d'une conférence tenue le 20 mars, les leaders de ces deux partis Guiorgui Targamadze et Akaki Assatiani ont appelé à étudier la question du passage de la Géorgie à un régime parlementaire sur le modèle autrichien (Civil Georgia, 20.03.2009). Selon le politologue, si cette proposition est intéressante, elle demeure relativement irréalisable au vu des tensions politiques actuelles. Il ajoute que la lutte entre le gouvernement et l'opposition nuit au pays et arrange le voisin russe.

Si chacun des camps politiques persiste à camper sur ses positions, M. Gueguechidze voit différents scénarios pour le 9 avril. Il se peut que les autorités restent totalement indifférentes à la manifestation. Dans ce cas, soit cette dernière se durcit et s'installe dans le temps, soit elle se disperse et affaiblit l'opposition. Au pire, des violences éclatent. Dans tous les cas, selon lui, quel que soit le "gagnant" à l'issue de ce bras de fer, le pays en ressortira "perdant" à coup sûr. M. Gueguechidze doute que le président Saakachvili "ait l'intelligence" de respecter l'intérêt de son pays et démissionne afin de permettre des élections anticipées. Enfin, autres scénarios à envisager : les conspirations venues de l'extérieur et des tentatives d'ingérence de la part de la Russie.

M. Gueguechidze se montre par ailleurs très circonspect sur le rôle de l'Europe qui ne souhaite pas que la Géorgie retombe dans l'instabilité, et partant, ne voit pas d'un bon oeil la proposition de l'opposition d'organiser des élections anticipées. Il soutient que pour l'Union européenne, la stabilité prime sur la nature de la démocratie géorgienne. Mais si la manifestation du 9 avril est massive, pacifique et durable, l'Europe devra, selon lui, obligatoirement réagir pour prendre en considération cette expression éclatante de l'opinion publique géorgienne.

M. Gueguechidze rappelle que l'Europe est bien présente en Géorgie et, de manière générale, dans la région sud caucasienne, au travers des projets TRACECA, NABUCCO et INOGATE . Mais son impuissance a été flagrante lors du conflit d'août 2008, quand la Russie a "agressé" la Géorgie. De même, d'après lui, l'Europe n'a pas suffisamment convaincu les Géorgiens quant à la nécessité des réformes en vue d'une adhésion prochaine. Son manque d'initiative au moment de la vague des révolutions colorées en Ukraine et en Géorgie aurait aussi nuit à son image.
D'où, affirme-t-il, ce projet de partenariat approfondi (PEV, politique européenne de voisinage concernant entre autres le système des visas et les relations commerciales) en direction de six pays issus de la sphère post-soviétique : la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, l'Ukraine, la Bielorussie et la Moldavie. Ce projet au budget conséquent exige que des réformes démocratique soit entamées et réalisées. Le PEV apparaît alors comme "une chance à saisir" pour la Géorgie.

 

Publié dans Politique intérieure

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