10 ans de prison ferme contre Vaagn Tchakhalian à la suite d'un procès critiquable

Publié le par sophie tournon

Le leader du mouvement politique « Djavakhk uni » Vaagn Tchakhalian a été accusé d'achat et de possession d'armes, d'actes de hooliganisme et de s'être interposé aux forces de l'ordre. Le jugement a requis une peine de 10 ans de prison ferme à son encontre. Le père et le frère de M. Tchakhalian ont été condamnés à payer 7 000 laris (env. 4000 US $) pour possession d'armes (Svetlana Bolotnikova, Georgia Times, 09.04.2009).


Ces accusations font suite à une explosion qui eut lieu cet été au domicile du chef de la police d'Akhalkalaki, capitale de la Djavakhétie, où vit une forte population d'origine arménienne, et au meurtre de deux représentants des forces de l'ordre lors de l'enquête qui s'ensuivit. Les soupçons se sont rapidement portés sur trois organisations politiques locales, dont celle de M. Tchakhalian, chez qui des armes ont été découvertes. Les membres de la famille Tchakhalian ont été arrêtés en juillet 2008.


L'avocat de ce dernier déclare vouloir faire appel et soumettre le cas de son client au tribunal européen pour fautes graves dans la procédure d'arrestation (fausses preuves et témoins partiaux) et pour enfreinte aux droits de M. Tchakhalian lors de son accusation. En effet, le ministère de la Justice a refusé, sans raison, que l'accusé soit défendu par un avocat français, alors que la loi géorgienne le permet. Le ministère aurait ainsi tenté d'empêcher de donner une visibilité internationale à ce procès, et rendu plus difficile l'accès à un jugement rendu par la Cour européenne. Par ailleurs, aucun avocat géorgien n'aurait accepté de défendre M. Tchakhalian, par crainte de se mettre le gouvernement à dos, selon Grant Melik-Chakhanazarian, président du centre analytique arménien « Mitk » (Georgia Times, 05.03.2009).

Lors de son procès, M. Tchakhalian s'est fait le porte-parole de la situation des citoyens d'origine arménienne de Djavakhétie en s'adressant au président Saakachvili (IA Regnum, 26.03.2009). La région est en effet depuis des années délaissée par le centre, et ses habitants d'origine arménienne sont sporadiquement montrés du doigt comme des citoyens sinon sécessionnistes, au moins potentiellement déloyaux. Le cas de la Djavakhétie est particulièrement sensible sous pratiquement tous les aspects : économiques, sociaux, politiques et diplomatiques (Voir les dossiers de l'ONG ECMI).


Ce procès comme la situation des Géorgiens arméniens de Djavakhétie inquiètent fortement l'Arménie voisine, qui y voit un procès politique visant tous les Arméniens de Djavakhétie. Le 25 février 2009, une manifestation contre ce procès s'est déroulée devant l'ambassade géorgienne en Arménie. Le président de l'union « Djavakhk » et député arménien Chirak Torossian a alors appelé le gouvernement géorgien à faire des Arméniens de Géorgiens des citoyens à part entière, et de cesser la politique de discrimination qui perdure depuis l'indépendance de la Géorgie (IA Regnum, 25.02.2009).


Le politologue Edouard Abramian estime que cette arrestation mènera irrémédiablement à une radicalisation de la population arménienne de la région, et pense que les manifestations du 9 avril seront l'occasion pour ces derniers de s'exprimer sur leurs revendications et leur situation, sous la houlette de l'organisation « Egalité » qui rassemblera les minorités ethniques de la Géorgie.

Publié dans Justice

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