Une opposition divisée et critiquée

Publié le par sophie tournon

Sur le podium établi face au Parlement ce jeudi 9 avril, les leaders des partis d'oppositions, organisateurs de la journée de manifestation, se sont relayés au micro, à l'exception notable de Irina Sarichvili, chef du parti « Imedi » (Espoir).

 

La première raison de son absence est due, selon l'intéressée, à son refus de collaborer de près ou de loin avec Nino Bourdjanadze, ancienne présidente du Parlement, qui fut alors co-responsable de la violente répression qui s'abattit en novembre 2007 sur des manifestants. Madame Sarichvili ne serait pas la seule parmi les leaders de l'opposition à trouver problématique la présence de Nino Bourdjanadze à leur côté. Salomé Zourabichvili s'est fait une raison en arguant de l'urgence d'une union de tous les opposants contre Saakachvili, et dans la foule massée devant le podium, plusieurs personnes se sont mises à siffler l'intervention de Madame Bourdjanadze, qui s'est confondue en excuses pour ses actes passés.

 

Autre cause de l'absence de Madame Sarichvili : l'ostracisme que lui ferait subir ses « collègues » de l'opposition. En effet, selon Guiorgui Khaindrava, ancien ministre et opposant bien connu, Madame Sarichvili a mauvaise réputation en tant que partisane de « l'idéologie de Igor Guiorgadze lié à l'assassinat de Guia Tchantouria » (Apsny, 10.04.2009). Ce dernier, leader du parti national-démocrate, était l'époux de Madame Sarichvili; il fut assassiné en pleine rue, sous ses yeux, en septembre 1994. Alors que sa veuve accuse certaines personnalités politiques en vue, les autorités affirment que le commanditaire du meurtre est Igor Guiorgadze, ancien ministre de la Défense, recherché pour d'autres assassinats politiques et exilé en Russie (Regnum, 03.12.2009).

 

Rappelons que douze partisans du mouvement « Justice » de Igor Guiorgadze ont été arrêtés en septembre 2006 pour tentative de coup d'Etat (Regnum, 14.03.2007). Leur procès a été remis en cause pour de nombreuses irrégularités (Regnum, 10.04.2008).

 

Aujourd'hui, M. Guiorgadze a fondé le mouvement "Géorgie à l'étranger" et vit en Russie. Selon lui, la journée d'action du 9 avril est vaine car l'opposition n'a pas les moyens de se mesurer au président Saakachvili, ni la confiance de la population. M. Guiorgadze affirme que tant que la classe politique géorgienne dans son ensemble se positionnera du côté de l'OTAN, aucun dialogue ne sera possible avec la Russie. Son parti "Justice" n'a reçu aucune instruction pour cette journée d'action. M. Guiorgadze compte plus sur le million et demi de Géorgiens résidant à l'étranger pour se mobiliser à travers son mouvement "Géorgie à l'étranger". Il espère ainsi que ces forces vives influeront sur la vie politique géorgienne aujourd'hui sous la coupe de "fascistes, de bandits, de criminels", selon ses mots. Sur la situation géopolitique, M. Guiorgadze soutient que la seule voie pour la Géorgie de retrouver l'intégrité territoriale est plus de démocratie et la construction d'un Etat fédéral ou confédéral. Ce serait selon lui la seule solution pour retrouver l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, et pour désamorcer les "bombes latentes" que sont l'Adjarie, les régions méridionales où vivent de fortes minorités d'origine arménienne et azérie, ainsi que la Mégrélie (Regnum, 09.04.2009).

 

Publié dans Politique intérieure

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