Une manifestation décevante

Publié le par sophie tournon

 Désillusionné, le journaliste Guiorgui Tchotchichvili écrit, dans le quotidien géorgien « Rezonansi » du 10 avril, que la manifestation appelée à s'installer est vaine, « un tir à blanc » (Rezonansi, 10.04.2009).

 

Il se dit déçu par l'opposition qui promettait des surprises pour le 9, mais dont il n'a rien vu hier, si ce n'est une simple manifestation des leaders de l'opposition et de leurs supporters, commencée avec un grand retard « comme d'habitude ». Seule réelle surprise, la forte participation des partisans du Forum national, suivis de ceux de l'Alliance pour la Géorgie, qui parvinrent à remplir le centre-ville. M. Tchotchichvili a trouvé que les divisions internes à l'opposition étaient palpables, et correspondaient aux trois poids lourds présents : Nino Bourdjanadze, Irakli Alassania et le parti d'Irakli Okrouachvili, ce dernier étant réfugié en France. La présence d'organisations telles « l'Académie géorgienne » ou « Les Femmes pour la Géorgie » ajoutaient une touche de couleur à « ce rassemblement uni dans le pathos mais à la composition polyphonique ».

 

L'auteur parle de succès au vu du nombre imposant de personnes rassemblées, malgré la politique de communication intensive de l'équipe présidentielle qui avait laissé croire à une dispersion musclée de la manifestation. A l'en croire, au matin du 9 avril, les chaînes d'Etat auraient asséné des pronostics météo anti-manifestation : « vents forts, pluies diluviennes et peut-être un tsunami »! Les régions auraient été mises « en quarantaine sévère », comme en temps de guerre. Mais la foule est tout de même venue en nombre. Et si on ne vit aucun policier, les quais de la Mtkvari (Koura) ressemblaient à un campement militaire.

 

M. Tchotchichvili se pose enfin la question des compétences logistiques de l'opposition : comment cette dernière a-t-elle fait pour ne pas se pourvoir en amplis de qualité? Comme en novembre 2007, la foule n'entendait rien à ce qui se disait devant le Parlement. Il regrette que cette faute ait fait fuir « bêtement » une partie de l'électorat des opposants.

 

Pour le journaliste, ce rassemblement ouvre une partie d'échecs tendue entre l'opposition et le pouvoir, une « guerre des nerfs ». Et comme rien de particulier n'est arrivé hier, les prochains coups de chacun des joueurs sont attendus avec fébrilité et curiosité. Dans le flou ambiant, une chose est pourtant claire : une nouvelle page politique se tourne aujourd'hui en Géorgie. Des trois personnalités issues de la Révolution des roses, Zourab Jvania a été « éliminé », les deux autres, Mikhéil Saakachvili et Nino Bourdjanadze sont à couteaux tirés. Les temps ont changé : il s'agit désormais de « sauver sa tête en rassemblant les munitions ».

Publié dans Politique intérieure

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Kalaouri 11/04/2009 09:09

Une quinzaine de partis microscopiques agités par autant de dirigeants à la reconquête de leur pouvoir perdu, qu’aucune stratégie ne fédère hormis celle de « vider » le fauteuil présidentiel avec l’espoir de pouvoir demain l’occuper. Des bruits de bottes russes à proximité, celle du « grand frère libérateur » attendant un prétexte pour étendre la « pax russica ». Voilà l’enjeu et le risque des manifestations de Tbilissi. Voilà pourquoi il ne faut pas y voir un quelconque enjeu démocratique.