4 regards sur la situation actuelle de la Géorgie

Publié le par sophie tournon

L'hebdomadaire géorgien « Kviris Palitra » a interviewé le représentant de l'Union européenne Peter Semneby (კვირის პალიტრა, 13.04.2009). Selon ce dernier, seul le dialogue permettra de sortir le pays de l'impasse, et le comportement responsable, tout en retenue, du pouvoir comme de l'opposition est un signe que les deux côtés sont capables d'engager un dialogue. « Depuis novembre 2007, la culture politique a changé », dit-il, mais la Géorgie doit réformer sa Constitution, son code électoral, sa justice et rendre les médias libres. M. Semneby ne croit pas en l'éventualité d'un nouveau conflit contre la Russie, bien qu'il trouve scandaleux la présence militaires russe renforcée dans les régions séparatistes. Il espère enfin que l'Eglise orthodoxe russe, en la personne du catholicos patriarche, pourra jouer de son influence pour améliorer la situation.

 

Le journal russe « Novaya Gazeta » a de son côté interrogé trois personnalités géorgiennes. (Elena Milachina, Novaya Gazeta, 13.04.2009).

Alors que la journaliste demande si la cause profonde de ces manifestations, qu'elle appelle le « parlement de la rue », ne seraient pas les élections parlementaires de mai, Teymour Iakobachvili, ministre à la Réintégration, répond que l'opposition n'existe pas en tant que telle. Les partis d'opposition sont divisés et n'ont en commun que leur volonté de renverser Saakachvili. La seule avancée que les manifestations ont obtenue est d'avoir faire prendre conscience que les mécanismes du pouvoir devaient être changés, mais certainement pas les hommes au pouvoir. En outre, le bon déroulement de ces manifestations montre bien le haut niveau de démocratie atteint. Les manifestations durement réprimées du 7 novembre étaient « une erreur que l'on répare », dit-il, et les dernières élections ont été les moins critiquables de toute l'histoire de la Géorgie...

 

Nino Bourdjanadze revient, quant à elle, sur l'arrivée au pouvoir en 2003 des jeunes « réformateurs » menés par Mikhéil Saakachvili. « A cette époque, nous nous battions pour développer la démocratie du pays, qui devait par la suite réguler tous les autres problèmes. Aujourd'hui, le niveau de démocratisation est bien pire qu'en 2003 : les médias, l'économie sont sous contrôle absolu, la justice est terrorisée et sous contrôle absolu aussi, la justice est autocratique et policière, ce qui n'était pas le cas sous Chevardnadze, » affirme-t-elle. L'ancienne présidente du Parlement dit que pour elle, tout a basculé à partir de la guerre en août 2008 : le comportement du président est « impardonnable »...

 

Davit Berdzenichvili, leader du parti Républicain, répond à son tour à la journaliste de « Novaya Gazeta ». Il rappelle le résultat de la collecte de signatures organisée par l'opposition à travers toute la Géorgie en mars. 402 000 signatures, dont 170 000 pour la seule capitale, furent recueillies en une semaine. 120 000 personnes refusèrent de signer la pétition pour des élections présidentielles anticipées, 50 000 se sont déclarées contre de telles élections, et 350 000 pour, soit les deux tiers. Selon lui, l'agence américaine d'Alan Grinberg est parvenue à un résultat similaire, et 50% de la population de Tbilissi serait pour avancer les prochaines présidentielles.

M. Berdzenichvili assure que les propositions de compromis exprimées par le président ne sont pas à prendre au sérieux, tant que certaines personnes demeurent au pouvoir. A propos d'Irakli Alasania, M. Berdzenichvili soutient qu'il fera un bon président, car « il n'a jamais été intégré à la vie politique géorgienne. Il n'a pas été membre du parti au pouvoir. Il était l'ambassadeur de la Géorgie à l'ONU ». Certes, il fut « président du Conseil des ministres du gouvernement abkhaze en exil », mais il en a été éloigné rapidement. Son passé « lié au KGB et à la CIA » ne poserait pas problème, car le seul danger en Géorgie proviendrait, selon lui, non pas des structures de la Défense mais de « l'ancienne nomenclature du parti et du Komsomol, dont les représentants sont toujours au pouvoir ou l'influence. »

Au sujet des chances de la Géorgie de retrouver son intégrité territoriale, M. Berdzenichvili prend l'exemple de Chypre, dont la partie grecque est entrée dans l'Europe et qui du coup se donne plus de chance d'attirer et de réintégrer la partie turque. Selon lui, c'est la voie que doit suivre la Géorgie : devenir stable et sûre pour attirer l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

 

Publié dans Politique intérieure

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