Vekoua : contre le libéralisme dominant, une seule solution : l'Eglise

Publié le par sophie tournon

Dans un article, Gueorgui Vekoua, rédacteur du site d'analyses « Caucasia Experts » manifestement anti-Saakachvili (il le nomme toujours « le soi-disant président »), se désole de l'ignorance de la classe politique géorgienne et des « experts » quant à la philosophie et à la théorie politique. L'auteur tente de dresser un tableau des courants théoriques qui caractériseraient les mouvements politiques actuels (Caucasia Expert, 15.04.20009).

 

Il considère ainsi que le pouvoir géorgien se place dans la catégorie du néolibéralisme états-unien, à travers l'action politique du conseiller du président G. Bokeria et de son ancien ministre de l'Economie Kakha Bendoukidze. Toutefois, le « régime de Saakachvili » peut aussi être caractérisé par une tendance à la « dictature de certains Etats africains », au vu de la « caste » structurée, privilégiée des hommes d'affaires dont le monopole contredit la théorie du libéralisme.

 

L'auteur estime « inacceptable » l'importation imposée de cette théorie politique occidentale, car elle diffère radicalement de la réalité géorgienne. Elle serait, assure-t-il, « la cause profonde du mécontentement et de l'agressivité exprimés contre le pouvoir ».

 

Ce mécontentement associe souvent le président et son aréopage au nom de George Soros, bien qu'il s'agisse ici d'une autre forme de libéralisme nommé « la société ouverte », nom que s'est donné le fonds Soros, présent en Géorgie. M. Vekoua précise que le plus grand disciple de Soros en Géorgie n'est certainement pas Saakachvili, ouvertement pro-Bush (voir son interview dans « Newsweek »), mais Davit Oussoupachvili, président du parti républicain et farouche opposant du président géorgien.

 

M. Vekoua se pose la question de l'idéologie qui anime et unit l'opposition géorgienne, dans un contexte où, depuis la chute du bloc socialiste, l'idéologie dominante du libéralisme ne connaît pratiquement pas d'adversaire, si ce n'est l'islam politique, géographiquement circonscrit.

- Pour lui, la sociale-démocratie, bien que née du marxisme, ne se différence plus guère du libéralisme pris dans son sens large.

- Même les travaillistes géorgiens seraient, selon l'auteur, bien en peine de se définir aujourd'hui, si ce n'est à se rapprocher des théories de la révolution bolivarienne. « Le flou le plus total règne dans l'opposition, » affirme-t-il.

- Les libéraux s'inscrivent, toujours selon lui, dans la mouvance de Soros, et reprochent au président de ne pas aller assez loin dans l'idéologie libérale. M. Vekoua souligne le paradoxe de l'opposition qui réunit côte à côte des anti-Soros et des pro-Soros, ces derniers espérant qu'une fois Saakachvili parti, la Géorgie se « sorossisera » rapidement...

- Pour ce qui est des « frères Gatchetchiladze » et du « Forum national », M. Vekoua en fait les porteurs d'une autre « mentalité » politique qu'il appelle « nationalisme premier » (стихийный национализм) : il s'agit de « la particularité nationale, des traditions, de la religion, de tout ce qui est inscrit dans l'inconscient collectif et dans la sphère rationnelle qui exige d'être exprimée ouvertement, d'être confirmée dans la société et dans la manière de gouverner l'Etat. »

 

M. Vekoua conclue par une théorie pour le moins étonnante : le libéralisme serait une idéologie qui nivellerait le facteur national et imposerait une représentation séculière, athée du monde (l'ancien président américain Bush appréciera...).

Il appelle les politiciens, les experts, et surtout l'Eglise orthodoxe, à porter une plus grande attention aux processus politiques en cours.

Notons que M. Vekoua n'est pas le seul à appeler le patriarche à jouer le rôle de médiateur entre le pouvoir et les manifestants.

 


(Photo du patriarche catholicos géorgien Ilia II)

Publié dans Politique intérieure

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