Les "Nachi", personna non grata à Tbilissi

Publié le par sophie tournon

Le 10 avril, des jeunes russes du mouvement « Nachi » (Les Nôtres) se sont rendus en dix véhicules depuis Moscou vers la capitale sud ossète, Tskhinvali, et de là devaient se rendre à Tbilissi. L'objectif était de porter main forte aux manifestants anti-Saakachvili simultanément devant l'ambassade géorgienne à Moscou et à Tbilissi même. Leurs slogans tournaient autour de la haine que le président géorgien tenterait de répandre dans les relations russo-géorgiennes, surtout depuis le conflit d'août. L'action des jeunes « Nachi » se veut une preuve que les Russes, les Sud-Ossètes et les Géorgiens peuvent vivre en bonne relation comme ils l'ont toujours fait.

On peut lire sur le site des « Nachi » ceci : « Le mouvement « Nachi », dont la mission est de prévenir et de lutter contre les révolutions « oranges » et leurs conséquences, est prêt à aider et soutenir les populations de Moldavie et de Géorgie dont l'histoire prouve qu'ils sont les peuples frères de la Russie. » (Nachi, 10.04.2009)

Le « raid de l'Amitié » Moscou-Tskhinvali-Tbilissi prévoyait de brandir une Couverture de la Paix confectionnée par des Russes, des sud Ossètes et des Géorgiens, en symbole de leur union pacifique. Le 12, les voitures ont été arrêtées à la frontière osséto-géorgienne. Les autorités géorgiens leur interdirent de pénétrer en Géorgie, sous prétexte que les jeunes ne possédaient pas de visa géorgien. (Georgia online, 16.04.2009)

Le 17 avril, à Gori, un des « Nachi », Alexandre Kouznetsov, chargé d'accueillir le raid en Géorgie où il se trouvait depuis quelques jours, est arrêté par la police géorgienne pour défaut de visa et pour avoir prévu des provocations à la frontière. Le groupe des « Nachi » a démenti ces allégations qui vont à l'encontre des principes du raid pacifique organisé en toute transparence et en toute conformité avec la loi, selon eux. Pour les jeunes russes, cette arrestation relève de la provocation anti-russe.

D'après le principal organisateur du raid, Constantin Goloskokov, la police géorgienne a surgi sans raison dans la chambre d'hôtel de M. Kouznetsov pour l'emmener au poste manu militari. Peu après, le ministère de l'Intérieur géorgien a fait une déclaration publique, avec images vidéo à l'appui ( voir la vidéo ), sur les aveux de M. Kouznetsov. Ce dernier y reconnaissait avoir voulu organiser des actions d'éclat en Géorgie : « La garde armée des jeunes russes devait commencer à tirer, pour ensuite mettre ces tirs sur le compte des Géorgiens, » a détaillé le ministère de l'Intérieur. Le même ministère citait en outre une lettre trouvée sur M. Kouznetsov, dans laquelle Serguey Belokoneva, député russe, président adjoint du Comité à la Jeunesse, dit parrainer le raid. (Kavkazskij Uzel, 16.04.2009)

Une fois libéré et remis aux autorités de l'ambassade de Suisse, qui est la représentante de la Russie en Géorgie, M. Kouznetsov a affirmé que ces aveux lui avaient été extorqués sous la violence. M. Goloskokov se dit persuadé que tout cela est une mise en scène (Anastasia Novikova, Gazeta, 16.04.2009) Le jeune russe est depuis retourné en Russie via l'Ukraine.

En Géorgie, il semblerait que l'opposition se méfie elle aussi de ces « aveux », tel Irakli Batiachvili, chef du Parti républicain et ancien chef de la Sécurité de Géorgie, qui a déclaré : « On en a tous assez des séries télévisées du ministère de l'Intérieur », faisant référence aux récentes accusations d'achat d'armes illégales par des opposants filmées et rendues public (Svetlana Bolotnikova, Georgia Times, 16.04.2009).

Le président du Comité parlementaire à la Jeunesse, Pavel Tarakanov, a menacé, devant les députés russes, d'inscrire la Géorgie dans la liste des pays déconseillés aux citoyens russes. Il a déclaré que : « Le régime criminel et agonisant de Saakachvili est incapable de résoudre ses problèmes intérieurs et n'a de cesse de présenter les Russes et la Russie comme l'ennemi, le coupable de tous les maux endurés par la Géorgie... » (Kavkazskij Uzel, 17.04.2009)

 

En réponse, le ministère géorgien des Affaires étrangères a rendu public un communiqué résumant toute l'affaire : la Géorgie a fait preuve de « bonne volonté » en libérant Alexandre Kouznetsov, bien qu'il soit « évident », au vu de la lettre en la possession de ce monsieur, que les autorités russes sont derrières ces provocations; les Russes de Géorgie n'ont jamais été menacés, au contraires des Géorgiens en Russie qui ont été « déportés » en 2006 et qui ont porté plainte au Tribunal européen des droits de l'homme.(Kavkazskij Uzel, 18.04.2009)

 

Rappelons que l'organisation des « Nachi », dont le nom complet est «Mouvement démocratique et antifasciste de la jeunesse », est liée plus ou moins directement au Kremlin, qui participerait dans son financement. Créée en 2005 et soutenue par le Kremlin, elle rassemble plus de 100 000 membres, des jeunes adultes de moins de trente ans, sur le modèle des Komsomol soviétiques. L'organisation s'est déclarée pour une Russie forte, et accessoirement pour Vladimir Poutine, et contre les révolutions colorées d'Ukraine et de Géorgie. Dans l'ensemble, cette organisation est extrêmement politisée et suit pratiquement littéralement la politique gouvernementale russe, versant dans un nationalisme souvent à la lisière du culte de la personnalité de Vladimir Poutine.

Publié dans Géorgie-Russie

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