Des brigades punitives s'en prennent aux manifestants isolés

Publié le par sophie tournon

L'émission hebdomadaire « Reportage de la semaine » de la chaîne d'opposition « Kavkassia » est revenue le 19 avril sur les attaques subies à Tbilissi par des manifestants, alors qu'ils quittent la manifestation anti-Saakachvili.


La journaliste Lana Lejava commence l'émission en relatant l'attaque spectaculaire et rapide d'un représentant géorgien de la compagnie Coca-Cola. L'histoire a la particularité entre autres d'avoir été filmée par les caméras de surveillance de la banque près de laquelle l'exaction a été commise.

 

Dans la nuit du 14 avril, la voiture de l'homme d'affaires est arrêtée en pleine course par une autre qui lui fait une queue de poisson. Immobilisée, l'automobile est aussitôt entourée de trois autres. Leurs occupants sortent en courant de leur véhicule et s'en prennent à leur victime, sous les yeux du policier de la banque en faction à une quinzaine de mètres des voitures, et qui regarde sans broncher cette scène digne d'un polar américain de série B.

 

Selon l'avocat Sozar Soubari, interrogé sur la trentaine de cas répertoriés depuis le début de la manifestation, ces représailles ressemblent à s'y méprendre à celles qui sévirent en novembre 2007, lors d'une précédente manifestation d'ampleur de l'opposition. En outre, il confirme ce que les leaders de l'opposition dénoncent depuis le début : les forces de l'ordre sont non seulement inertes, mais pratiquement absentes des lieux où défilent les manifestants. Il n'y aurait selon lui aucun policier, aucun pompier et aucun médecin autour de la manifestation. Certains parlent même de « zone franche politique ».


Les victimes n'ont pas de point commun si ce n'est de participer à la manifestation. Un chanteur connu et ses frères ont été violemment pris à partie, mais des citoyens lambdas de tous âges aussi (comme cet homme battu par neuf individus masqués, photo ci-contre). Selon les témoignages, les assaillants opèrent le visage masqué par une cagoule, et sortent de véhicules de luxe. D'après une des médiatrices qui encadrent la manifestation, ces voitures banalisées portent souvent des fausses plaques.

 

L'ancien ministre de la Défense et expert militaire Guia Qarqarachvili a proposé à l'opposition de mettre en place une sorte de milice populaire devant se substituer aux policiers. Toutefois, la trêve de Pâques a été suivie d'un calme relatif. M. Qarqarachvili accuse la police et les hommes de main du parti du président d'organiser ces raids punitifs, dénonçant la haine des hommes au pouvoir pour leur propre peuple. Il pense que des prisonniers libérés pour l'occasion participent aussi à ces assauts d'intimidation.

 

L'émission s'est particulièrement intéressée au cas d'un haut gradé de la police, accusé d'être à la tête de ces attaques arbitraires. La journaliste affirme en outre qu'un Q.G. spécial dédié à ce genre d'actions a été formé au sein du ministère de l'Intérieur. Aucune preuve ne vient étayer cette accusation grave, mais le rôle trouble de la police permet de mettre en doute non seulement son efficacité mais aussi sa neutralité et celle des autorités à un plus haut niveau.

 

Tbilissi ne serait ainsi plus si sûre la nuit, aux abords de la manifestation. La trêve pascale touche à sa fin ce lundi, la manifestation reprendra de plus belle dès mardi. Chacun se prépare à ce que « l'autre » se radicalise encore plus...

 

 

Publié dans Politique intérieure

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