"L"opposition est une 5e colonne nuisible pour la Géorgie"

Publié le par sophie tournon

Dans un long article publié sur apsny.ge ce 23 avril 2009, M. Nikoloz Tchitchinava propose son point de vue sur la nature des manifestations qui durent depuis un peu plus de deux semaines en Géorgie. Selon lui, « L'opposition est une bonne chose, elle est utile pour le pays, elle oblige le pouvoir à regarder de manière plus réaliste son peuple et tend à opérer des améliorations. L'opposition forme la société civile. Sans opposition, la démocratie s'écroulerait, et l'Etat deviendrait un régime dictatorial. »

 

Mais, « il y a opposition et opposition », dit-il. Il y a la bonne opposition, qui cherche le bien pour son pays, et la mauvaise qui cherche à nuire à son pays. Dans ce dernier cas, il s'agit d'une « 5e colonne » qui travaille pour l'ennemi. Si M. Tchitchinava trouve difficile de distinguer l'une de l'autre, il se propose néanmoins de le faire, pour démasquer la nature des manifestations géorgiennes.

 

Il affirme que dans le rôle de l'ennemi de la Géorgie se trouve, sans surprise, la Russie. Reste à trouver ce qui l'unit à l'opposition. Tout d'abord, il rappelle que la Russie de Medvedev souhaite un changement à la tête de la Géorgie, et que le conflit d'août 2008 est dû au Kremlin. Ensuite, il tente de mettre à nu les motivations des opposants géorgiens : « Si l'opposition souhaite le développement de son propre pays et cherche le bien, elle doit avoir un programme sur la manière de mener son pays. Ce programme doit pointer les erreurs des autorités et les moyens de les éliminer, il doit montrer la bonne voie politique... »

 

Il ne suffit donc pas de critiquer, il faut aussi et surtout d'être constructif. « Qu'est-ce qui empêche les leaders de l'opposition de créer des emplois, par exemple? A la place de quoi nous entendons d'étranges slogans. « Micha, va-t-en!», « Micha a perdu la guerre! », « Micha a perdu l'Abkhazie et l'Ossétie! », « Micha est un peureux! »... » D'après lui, il ne s'agit pas là de programmes qui peuvent aider le pays à se sortir de la crise. De plus, ces slogans ne sont pas à prendre au sérieux : la Géorgie ne pouvait remporter la guerre contre la Russie, et seul Medvedev, et non pas Saakachvili, a reconnu les indépendances de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. M. Tchichinava trouve que ces slogans rappellent étrangement la « version russe » des faits. On peut s'étonner, dit-il, de ce que le monde entier a admis que la Russie est à l'origine de la guerre, sauf la Russie et l'opposition géorgienne.

 

A soutenir la version de l'ennemi, on en devient une 5e colonne, affirme-t-il. Pourquoi cette opposition n'a-t-elle aucun programme? Il ne voit que quelques réponses possibles à cette question troublante. L'opposition ne croit peut-être pas elle-même à la démission prochaine du président, alors pourquoi manifester? En ce faisant, elle nuit à la vie politique mais aussi à l'économie du pays. Preuve, selon lui, d'un travail de sape digne d'une 5e colonne.

Ensuite, l'opposition semble « allergique » à tout programme, et si jamais elle devait remplacer l'actuel président, elle reprendra certainement le programme déjà existant, ce qui la démasquera.

Enfin, il se demande ce qu'aurait été la Géorgie si Mikhéil Saakachvili avait été « loyal » au Kremlin : il n'y aurait pas eu de guerre, ni d'indépendance des régions séparatistes, ni « déportations », ni blocus, ni relations de voisinage empoisonnées. La Géorgie n'aurait alors pas de routes aussi belles, n'aurait pas combattu la corruption, ni les hors-la-loi, et n'aurait pas intégré l'Europe.

 

Ayant critiqué l'opposition, l'auteur applique sa méthode et fait des propositions : le pouvoir ne peut accuser l'opposition de traîtrise, ne peut défaire les manifestations ni emprisonner les instigateurs de ces troubles, cela lui porterait préjudice et atteindrait la population qui aime sincèrement sa patrie.

 

Le pouvoir ne peut céder aux revendications, car il a été choisi légitimement lors d'élections contrôlées par des observateurs internationaux. Il rappelle qu'il y a déjà eu des élections anticipées une fois, « on en peut en faire tous les ans. Il y aura de toute manière toujours des mécontents ». Il affirme que Saakachvili a beaucoup accompli pour la Géorgie, qui n'a jamais connu autant d'alliés au niveau international.

 

Il conseille aux autorités d'éviter toute provocation, et d'informer la population que le dialogue et les compromis sont inévitables, afin de cesser cette agitation nuisible pour tous, sauf pour l'ennemi. Il affirme que le premier d'entre les opposants qui dialoguera, gagnera « un maximum de points politiques ».

 

Enfin, il souhaite qu'en 2013 « pour la première fois de l'histoire de la Géorgie le pouvoir se transmette pacifiquement, démocratiquement. Malgré l'ennemi... » 

 

 

Publié dans Politique intérieure

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