Risque de guerre entre la Russie et la Géorgie?

Publié le par sophie tournon

« L'hiver est fini, et les régiments des belligérants se sont préparés à poursuivre le conflit interrompu en août dernier », écrit l'expert militaire russe Pavel Fengelhauer dans le journal « Novaya Gazeta » ce 27 avril. La flotte militaire russe au grand complet (un croiseur et quatre navires chargés de soldats et de machines militaires lourdes) est de sortie dans la mer Noire. Côté géorgien, deux vieux bateaux armés ont été coulés par les Russes après le conflit, dans le port de Poti. En août, l'infanterie maritime russe a été débarquée en Abkhazie, près de la frontière géorgienne, et des forces terrestres lui ont récemment été adjointes en vue « d'une potentielle nouvelle guerre », ajoute l'auteur.

 

Cette présence militaire a tout d'abord été niée ou minimisée par le Kremplin. Mais l'annonce par l'Ukraine de la sortie en mer des navires de guerre russes ancrés dans le port de Sébastopol, et l'observation par les Européens de la concentration visible des forces armées russes dans les régions séparatistes abkhaze et sud ossète, ont obligé le ministère russe de l'Intérieur à reconnaître les faits désignés comme des « mesures préventives » contre des provocations géorgiennes. La formation militaire dispensée par l'OTAN à différents pays, qui se déroulera en mai-juin en Géorgie, a été aussi brandie comme une justification de la politique « défensive » russe le long des frontières géorgiennes.

 

Il semblerait, d'après M. Fengelhauer, que tout l'Etat-major russe, à l'exception du seul secrétaire du Conseil des ministres de la Défense de la CEI, considère la présence de l'OTAN comme une « manoeuvre » dirigée contre la Russie et comme un « soutien militaire et politique à l'agresseur » géorgien. Or, affirme l'auteur de l'article, il s'agit d'une formation prévue depuis longtemps, que la Russie ne doit pas craindre, étant donné son objectif affiché : préparer les soldats de 18 pays aux opérations humanitaires, en cas de catastrophes naturelles, et de maintien de la paix. Le président russe Dmitri Medvedev a été jusqu'à menacer de « prendre des décisions » contre ces « manifestations militaires » menaçantes. Il a remis à plus tard une rencontre prévue ce 7 mai entre l'Etat-major russe et celui des pays membres de l'OTAN. La participation de l'Arménie, alliée traditionnelle de la Russie, dans la formation pose aussi problème au Kremlin. Depuis le conflit d'août, cette dernière s'est retrouvée sans corridor terrestre pour le transit militaire en provenance de la Russie, « la république est coupée de toute possibilité de recevoir de l'aide de son allié et a décidé immédiatement de répondre à la proposition de la Turquie de normaliser leurs relations et d'ouvrir la frontière. » De cette manière, ajoute l'expert, la Russie perd de son influence dans le Sud Caucase (NDLA : je remarque que M. Fengelhauer use toujours du terme russocentré « Transcaucasie »).

 

La Géorgie a par ailleurs prévu dans la région de Gori des « manoeuvres militaires » à quelques kilomètres à peine de la frontière sud-ossète, où sont postés les soldats russes. Cette position, mise en parallèle avec les manifestations qui se déroulent à Tbilissi contre Saakachvili, ont fait dire à M. Medvedev que « la situation est tendue » et peut empirer « en cas de violence ». Le président russe, qui tient son confrère géorgien pour « un cadavre politique » tout en se déclarant l'ami du peuple géorgien, serait prêt, d'après M. Fengelhauer, à lancer une « opération humanitaire » pour sauver les Géorgiens de leur président honni. Au moindre prétexte, il empêchera la construction des nouveaux gazoducs en provenance de la Caspienne vers l'Europe, suivant le projet « Nabucco » actuellement en discussion, qui a pour but d'éviter de faire passer les gazoducs centrasiatiques par la Russie. Et il rétablira les liens avec l'Arménie.

 

L'auteur termine en supposant que, si les tanks russes passaient la frontière, la réaction des Européens sera négligeable, mais en cas d'échange de tirs en présence des soldats américains, « la situation deviendra incontrôlable. »

Publié dans Géorgie-Russie

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