Roman Fin : "Bourdjanadze doit être jugée comme une criminelle"

Publié le par sophie tournon

Roman Fin, ancien dissident soviétique, membre de l'Union des écrivains géorgiens, se pose la question de la place de Nino Bourdjanadze dans la société civile géorgienne naissante (Caucasia Experts, 27.04.2009).

 

Quand Nino Bourdjanadze, fine fleur de l'équipe des réformateurs portée au pouvoir par Edouard Chevardnadze, puis reconduite par Mikheil Saakachvili, a quitté ses fonctions de présidente du Parlement pour fonder son parti, personne n'aurait parié sur elle. Pour beaucoup, elle était l'ancienne complice « des crimes de Saakachvili et de la destruction de la Géorgie », selon l'auteur.  

En tant que présidente du Parlement, elle ne faisait qu'obéir au Président de la république : « La fraude à chaque élection, l'adoption d'une constitution et de lois injustes, la destruction du système éducatif, la décision de conentrer les efforts des dirigeants non pas vers le bien du pays, de l'économie, de l'industrie, de la santé, de l'agriculture, de la sphère sociale etc., mais pour son enrichissement personnel : aucun des actes nuisibles et destructeurs du pouvoir envers son propre pays n'a pu être mené sans sa participation directe ».

 

Roman Fin avance que, bien qu'ayant quitté le pouvoir deux mois avant la guerre d'août 2008 en Ossétie du Sud, Nino Bourdjanadze porte sa part de responsabilité dans ce conflit. Présidente du Parlement, elle était à l'origine des lois renforçant les préparatifs militaires ayant permis le conflit : lois augmentant considérablement les forces armées et de police, lois relatives au budget de l'armée aux dépends des fonds sociaux, etc. « Aujourd'hui, elle prétend qu'elle a mis Saakachvili en garde contre la guerre. Difficile à croire », affirme-t-il, car elle ne s'est exprimée sur ce sujet que tardivement, une fois l'opposition entrée frontalement en guerre contre Saakachvili.

 

Roman Fin critique le fait que Madame Bourdjanadze se soit excusée pour les violentes répressions de la manifestation du 7 novembre 2008 il y a seulement quelques jours, alors que, « quand elle ne punissait pas les coupables, elle les protégeait. » L'auteur l'accuse d'être l'une des responsables de l'état de pauvreté d'une Géorgie au bord de la catastrophe. Il pointe le nombre élevé de prisonniers, dont les prisonniers politiques, par rapport à la population géorgienne, et le nombre de véritables coupables laissés sciemment en liberté. Il se souvient de la descente armée contre la chaîne de télévision de l'opposition « Imedi ». « On dispose assez d'informations sur elle pour la faire juger comme l'une des plus dangereuses, des plus cyniques et des plus dures criminelles qui participe à ce type de crimes étatiques, » écrit-il, plein de colère et de haine.

 

Roman Fin voit avec stupeur la soif de pouvoir de Nino Bourdjanadze qui s'est alliée à l'opposition, qui la défend parce qu'elle s'est « repentie ». « Qu'elle et Saakachvili se repentissent devant un tribunal », s'emporte-t-il, au moins « pour garder la face ».

 

Si certains affirment que tous sont les bienvenus dans la lutte contre Saakachvili, que Nino Bourdjanadze sera jugée en son temps, Roman Fin craint qu'il ne soit alors trop tard, « d'ici là, elle sera devenue une héroïne populaire », une députée protégée par son immunité parlementaire.

 

M. Fin enjoint l'opposition à combattre Nino Bourdjanadze, à ne pas se montrer à ses côtés, à ne pas applaudir ses discours, pour ne pas ébranler la fragile construction de la société civile géorgienne qui ne croira plus en rien. Selon lui, beaucoup de Géorgiens ne participent pas aux manifestations par rejet des partis politiques, et la présence de Madame Bourdjanadze parmi les opposants leur porterait préjudice. « Etre ainsi sans scrupule, immoral et amorphe coûtera cher à la Géorgie », menace-t-il en conclusion.

Publié dans Politique intérieure

Commenter cet article