"Face au coup d'Etat déjoué, la Géorgie a fait montre de grande maturité politique"

Publié le par sophie tournon

Sophie Tournon. Sources : « Kommersant », Civil.ge, Georgian Times, Geo Hot News.

 

Le coup d'Etat déjoué par les autorités géorgiennes est au centre de toutes les attentions : des médias, mais aussi et surtout de la Russie et de l'opposition qui se posent des questions sur ce qui apparaît comme une affaire incroyable, ces dernières mettant en doute la réalité du projet de renversement du pouvoir.

 

Mardi 5 mai, la Géorgie apprend que des insurgés prévoyaient d'empêcher l'OTAN de commencer la formation militaire prévue en Géorgie, et de renverser le gouvernement, en « liquidant » certaines personnalités politiques, dont le maire de Tbilissi et le ministre de l'Intérieur. Une vidéo filmée par caméra cachée et rendue publique montre Guiorgui Gvaladze, ancien haut gradé du ministère de la Défense dans les années 1990, comme l'un des instigateurs de cette insurrection. Celle-ci rassemblerait d'anciens militaires et plusieurs personnalités politiques, dont Guiorgui Qarqarachvili, actuel opposant à Saakachvili, qui dément toute participation dans cette entreprise. L'objectif des insurgés était de renverser le pouvoir en place et d'anticiper des élections. La Géorgie aurait ensuite réintégré l'alliance Russie-Biélorussie.

 

Peu après l'annonce de l'arrestation de G. Gvaladzé, une « insurrection » prit place le même jour dans la base militaire de Moukhrovani, où les insurgés tentaient de soulever un bataillon de blindés. Selon le commandant de la base, arrêté immédiatement, le bataillon ne cherchait en aucun cas à se soulever, mais souhaitait exprimer ses inquiétudes face aux tensions dans le pays. Le bataillon s'est rapidement rendu aux autorités.

 

Du groupe d'insurgés, Guiorgui Gvaladzé et le général Koba Kobaladzé, ancien chef de la Garde nationale, ont été arrêtés, leurs complices sont activement recherchés. Des agent de la police militaire, 13 civils et une cinquantaine d'officiers sont entre les mains des forces de l'ordre. Une enquête est ouverte.

  

Le ministre géorgien des Affaires étrangères Grigol Vachadzé, dans une interview au quotidien russe « Kommersant », donne la version officielle géorgienne sur ces récents faits. Selon lui, les insurgés sont des « homme de Guiorgui [Igor] Guiorgadzé », ministre de la Défense sous Chévardnadzé recherché par Interpol et soupçonné de se cacher en Russie. Sur les liens entre les insurgés et la Russie, la Géorgie dispose des aveux des insurgés, ainsi que d'enregistrements dans lesquels Gvaladzé affirme qu'en cas de succès, un accord aurait été signé avec la Russie, et les Américains et l'OTAN auraient été renvoyés de Géorgie. « Il n'y a pas de doute que l'argent pour l'insurrection vient de Russie », à l'enquête de s'en assurer. Autres propos tenus par Gvaladzé dans le film à caméra caché : 5 000 soldats russes auraient été attendus pour soutenir le plan. Selon M. Vachadzé, ces soldats seraient entrés en Géorgie depuis l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud où des régiments russes sont déjà concentrés.

 

Ce mercredi 6 mai, dans son allocution télévisée, le président Saakachvili a accusé la Russie d'être derrière cette tentative de coup d'Etat. Ce à quoi le ministère russe des Affaires étrangères a répliqué que cette accusation tenait du « délire » étant donné qu'il n'y a « aucun homme politique pro-russe en Géorgie ».

Ce même jour, Vakhtang Mayssaya, politologue, expert militaire et conseiller diplomatique géorgien à Bruxelles et auprès de l'OTAN, a été arrêté et accusé d'espionnage actif au profit de puissances étrangères et surtout de la Russie, particulièrement pendant le conflit d'août 2008.

 

Au final, le président Mikhéil Saakachvili se félicite que toute cette sombre affaire se soit terminée rapidement et sans violence. Lors d'une conférence de presse organisée ce matin à Paris, la porte-parole du gouvernement géorgien a affirmé que « tout est désormais sous contrôle », et que la Géorgie pouvait être fière de se présenter comme une « démocratie certes jeune, mais sur la bonne voie ». Sa gestion des problèmes avec l'opposition, les insurgés et les tensions internationales prouve « sa grande maturité ».

 

Publié dans Politique intérieure

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