Aladachvili : Elections géorgiennes et espions russes

Publié le par sophie tournon

« Le système politique géorgien est gravement malade. En témoignent les plus de 200 partis politiques enregistrés et la vingtaine de leaders aux ambitions présidentielles. Pour un si petit pays comme la Géorgie, c'est une véritable catastrophe. Ne serait-ce que parce que plus le spectre politique est diversifié, plus il est aisé pour les services spéciaux (les nôtres ou les autres) de s'y insérer et de créer un réseau d'agents. »


Telle est la première phrase d'un long article de l'expert de la sécurité nationale Bessik Aladachvili, publié dans « Gruzya online » (apsny.ge, 08.05.2009).

 

L'auteur s'inquiète de la pérennité de la tradition soviétique qui consiste à noyauter, voire même à créer de toutes pièces, des partis politiques. Il est persuadé que la Géorgie n'est en rien à l'abri d'un tel « sport ». La véritable autonomie de la Géorgie est en jeu, selon lui. Se pose alors les questions qui fâchent : la question de la nationalité du/des service/s d'infiltration, et celle de l'origine des subventions des partis. « Même les politiciens ignorent » d'où vient l'argent de leur activité, et le pouvoir lui-même n'est pas préservé de cette tendance, affirme-t-il.

 

Quels pays financent quels partis? La France, les Etats-Unis, la Russie? Dans tous les cas, chaque pays ne s'occupe que de ses intérêts nationaux, et les deux plus gros « joueurs » sont les Etats-Unis et la Russie. Selon l'auteur, cette dernière a commis sa plus grande erreur sous Eltsine, quand en 1992 elle a suivi les conseils de ses généraux et « a créé et renforcé des régimes séparatistes en Géorgie ». Depuis, la Russie se sait personna non grata en Géorgie, et doit désormais passer par ses agents pour influencer discrètement, et non plus ouvertement, le cours de la politique géorgienne.

 

Pour mémoire, l'auteur rappelle le « flirt » du parti de Edouard Chevardnadzé avec la Russie, lors des législatives d'octobre 1999 dont les résultats furent contestés. L'opposition d'alors avait accusé « L'Union des citoyens » d'être financée par la Russie, chargée de la campagne électorale. En 2001, la même accusation fut portée contre le même parti par l'ancien ministre de la Défense Irakli Batouachvili, qui assurait que la Russie avait fait de même pour les présidentielles de 2000. Le parti présidentiel avait nié toute implication russe, mis à part trois « spécialistes » en communication.

Néanmoins, le président du Parlement Zourab Jvania avait accepté la formation d'une Commission parlementaire chargée d'enquêter sur l'origine des sources de tous les partis, ce qui eut pour résultat de calmer les revendications de transparence de l'opposition, dont certains partis étaient notoirement liés à la Russie (comme « Renaissance » d'Aslan Abachidzé). L'ère Chevardnadzé correspondait alors à l'époque d'un pouvoir présidentiel renforcé, et de l'absence de lutte contre la corruption et l'économie grise, jusqu'à ce que Jvania relève le Parlement de sa torpeur. « Ainsi, l'un des fondateurs du système politique et de la culture politique d'aujourd'hui est Zourab Jvania. »

 

Edouard Chavardnadzé a reconnu, 10 ans après les faits, qu'un premier vice-premier ministre avait financé son parti. Bien qu'il ne le nomme pas, l'auteur reconnait l'ancien ministre des Voies et communications Nikolaï Aksenenko, lié à l'oligarque russe Boris Berezovski et pressenti comme le prochain premier ministre puis président russe - mais Vladimir Poutine fut choisi à sa place.

 

Pour les législatives de 1999, qui précédaient d'un an les présidentielles, d'où leur importance, M. Aladachvili affirme dans son article très documenté que la campagne électorale du parti « Union des citoyens » était orchestrée par le Russe Alexey Sitnikov, personnalité incontournable pour tout ce qui touche au lobbying et qu'il qualifie d'expert en hypnose générale (il accuse en passant sa formation en PNL, méthode selon lui de manipulation à grande échelle). Sa compagnie « Imagecontact » est depuis 15 ans une firme importante de consulting, qui agit en Russie et à l'étranger. Son étiquette d' « hypnotiseur du public » lui vient de sa longue expérience dans les élections politiques en Russie et ailleurs : législatives en 1995, présidentielles pour Eltsine en 1996, élections des gouverneurs, travail sur l'image du jeune inconnu Vladimir Poutine, présidentielles d'Ukraine en 1999 et de Géorgie en 2000, etc.

 

L'auteur revient sur les législatives et les présidentielles de 1999, qui opposèrent « l'Union des citoyens » et « Renaissance », deux partis financièrement assez puissants pour pouvoir se passer de fonds étrangers (l'auteur nous remet en mémoire cyniquement les ressources du parti présidentiel issues des trafics aux frontières, etc.). Il s'agissait pour le tandem Chevardnadzé-Jvania de rechercher la « bienveillance » de la Russie via le vice-premier ministre Aksenenko, grâce au tandem des oligarques Berezovski et Patarkatsichvili.

Le pari était risqué, le tandem géorgien fut perdant : « En misant sur Aksenenko, et en prenant son argent, Chevardnadzé offrit à la Géorgie un ennemi sanguinaire. » Il avait totalement délaissé la figure montante de Poutine, pourtant lui aussi issu de l'écurie de Berezovski-Patarkatsichvili, selon l'auteur. La haine de Poutine pour Aksenenko, puis pour Berezovski, allait se retourner contre la Géorgie. Depuis, affirme l'auteur, les espions russes, qui étaient depuis longtemps sur place, sont encore plus discrets...

Publié dans Géorgie-Russie

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