Négociations de Genève = dialogue de sourds

Publié le par sophie tournon

Ce lundi 18 mai, Genève accueille de nouveau les acteurs liés au conflit d'août 2008 autour d'une table de négociations. Le thème du jour est la sécurité au Caucase. La Géorgie, la Russie, l'Ossétie du Sud doivent discuter de leurs relations pour le moins tendue. L'Abkhazie a refusé d'y assister, et la Russie compte faire des propositions que la Géorgie s'est empressée de rejeter. Comme le dit le quotidien russe « Commersant » : cette rencontre semble déjà vouée à l'échec.

 

L'Abkhazie se retire des négociations sous le motif que les organisateurs européens n'ont toujours pas défini le statut des participants présents. Le ministre abkhaze des Affaires étrangères Serguey Chamba explique qu'il comptait lier les conclusions d'un dossier de l'ONU sur le statut de l'Abkhazie indépendante, reconnue de la seule Russie (et du Nicaragua), pour se rendre ou non à Genève. Ce dossier onusien devait être officialisé le 15 mai dernier et offrir à l'Abkhazie une appellation définitive. L'Abkhazie – et son alliée russe - critiquait son étiquette de région géorgienne qui rejette la réalité de son indépendance de facto. Mais ces conclusions hautement sensibles ont été remises à une date ultérieure, ce qui a poussé l'Abkhazie a exprimer son mécontentement en se retirant de la table ronde genevoise. « L'Abkhazie est un Etat reconnu. Cela n'a aucun sens de se rendre à des rencontres internationales sous son ancien statut, » a déclaré M. Chamba, qui voit dans les hésitations de l'ONU un jeu de dupes. Pour le gouvernement abkhaze, l'obstination européenne à ne pas reconnaître son indépendance est la cause de l'impossibilité d'un dialogue constructif entre l'Abkhazie et la Géorgie. Selon le rédacteur d'un journal abkhaze interrogé par « Commersant », « Au final, nous [les Abkhazes] seront avalés [par la Russie] et nous deviendrons une base militaire russe. La faute en reviendra aux seuls Européens. »

 

Par ailleurs, la veille de cette rencontre mal engagée, la Russie a fait connaître ses exigences en matière de sécurité. Le ministère russe des Affaires étrangères affirme que la Russie a rempli sa mission de prévention de conflit telle qu'elle est définie par le plan « Sarkozy-Medevedev » à l'issue du conflit d'août 2008. La Russie demande qu'un accord soit signé entre la Géorgie et l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud stipulant qu'il ne sera pas fait appel à la force contre les anciennes républiques aujourd'hui indépendantes. Pour la Géorgie, un tel accord est impensable, dans la mesure où elle ne peut signer avec deux régions appartenant à son territoire comme s'il s'agissait de deux Etats indépendants. Tbilissi critique aussi l'affirmation russe concernant l'application du plan « Sarkozy-Medvedev ». Selon le gouvernement géorgien, la Russie ne s'est pas retirée des deux régions séparatistes, mais a au contraire introduit des régiments supplémentaires, ce qui va à l'encontre des recommandations dudit plan.

 

Enfin la Russie demande que l'Occident impose un embargo international sur les armes contre la Géorgie. Elle pointe la politique de militarisation des frontières géorgiennes-ossètes et géorgiennes-abkhazes menée par Tbilissi, ainsi que la présence de l'OTAN en Géorgie dans le cadre d'une formation militaire internationale.

 

Cette rencontre de Genève s'avère un exercice diplomatique par excellence, un véritable cas d'école, entre dialogue de sourds et impasse politique. Tout ceci dans le contexte des élections législatives de l'Union européenne et de changement à la tête de l'OSCE, acteur des négociations dans le Caucase.

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