Serguey Markedonov : "Moscou ne comprend qu'en partie le conflit politique en Géorgie"

Publié le par sophie tournon

« Radio Svoboda » a interviewé le politologue Serguey Markedonov de l'Institut d'analyse militaire et politique sur la rencontre de Genève, entre la Géorgie, la Russie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

 

Selon M. Markedonov, chacun des participants a sa motivation propre qui l'incite à s'asseoir à la table des négociations.

- La Géorgie cherche à croire et faire croire à ses citoyens que son intégrité territoriale sera rétablie et que l'Occident l'y aidera.

- La Russie y voit un moyen de montrer à l'Occident qu'elle est un partenaire incontournable et ouvert.

- Pour l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, l'enjeu est d'exister aux yeux du monde, même avec le statut d'expert attribué diplomatiquement pour ces négociations.

- Enfin, pour l'Europe, il s'agit d'internationaliser un « dossier » afin qu'il ne demeure pas la chasse gardée de la Russie, qui considère le Sud Caucase comme son « étranger proche ».


C'est pourquoi, malgré tous les rebondissements, la rencontre de Genève intéresse tous ces acteurs au plus haut point.

 

La grande question de cette rencontre tourne autour du « règlement des conflits », compris différemment selon les participants. Ainsi, si pour l'Abkhazie indépendante, la question du conflit est « réglée », cela n'est pas vrai pour la Géorgie qui refuse de reconnaître son territoire amputé comme base des négociations. La question des régions séparatistes est ainsi centrale.

 

Selon le politologue, le pouvoir russe considère le président géorgien Saakachvili comme « un cadavre politique » mais accepte de négocier avec son représentant à Genève. Moscou se berce d'illusions en espérant le départ prochain de Saakachvili grâce à l'opposition. Or Moscou ne connaît ni ne comprend ce que représente réellement cette opposition issue, comme Saakachvili, de la "révolution des roses" : et les uns et les autres partagent les mêmes opinions sur la Russie et l'intégrité territoriale de la Géorgie.
La Russie n'a ainsi aucun intérêt direct dans cette lutte de politique interne pour le pouvoir, lutte qu'elle ne comprend que partiellement.

Commenter cet article