Les risques de conflits sont toujours latents en Géorgie

Publié le par sophie tournon

L' « International Crisis Group » a remis,ce 22 juin 2009, son rapport de prévention des conflits consacré à la Géorgie.

 

Ce rapport de 15 pages revient sur le conflit de cinq jours qui a opposé la Géorgie à la Russie dans la région géorgienne d'Ossétie du Sud.

 

Dès l'introduction, le rapport prévient que les zones de conflit abkhaze et sud ossète sont toujours à risque. Il y voit le résultat d'une politique russe entièrement axée sur le rejet des négociations sur ces deux territoires qu'elle est la seule (avec le Nicaragua et le Hamas) à reconnaître. Le veto russe mettant un terme à la mission des observateurs de l'ONU en Géorgie, ainsi que le rejet de la mission d'observation de l'OSCE par les mêmes Russes, contribuent à rendre la situation de plus en plus tendue dans la région. Toutefois, l'argument russe ne doit pas être ignoré : Moscou assure avoir agi à la demande de l'Ossétie et de l'Abkhazie, et au lieu d'une ingérence de sa part, il faudrait y voir une action humanitaire. Pourtant, le cas des quelques 25 000 Géorgiens déplacés par le conflit d'août 2008 hors d'Ossétie du Sud, doit être lui aussi pris en considération.

 

Le rapport souligne les abus commis par les milices sud ossètes contre les populations géorgiennes, rappelant que certaines institutions internationales ont parlé de « nettoyage ethnique », de « crimes de guerre » ou de « crime contre l'humanité », sans dire un mot sur les actes militaires géorgiens. Le rapport accuse aussi la Russie d'avoir sciemment contourné l'accord signé avec l'Union européenne (à l'époque, présidée par Nicolas Sarkozy) et d'avoir gonflé ses effectifs militaires en Abkhazie et en Ossétie du Sud.

 

Une fois les observateurs de l'ONU et de l'OSCE repartis, ne resteront en Géorgie que les tables rondes préconisées par les fragiles accords de Genève et placés sous l'égide de l'ONU, l'OSCE et l'UE.

 

Le rapport avance des recommandations à l'attention de la Russie, pour qu'elle accepte le rôle de l'ONU dans la région et permette aux observateurs internationaux de pénétrer dans les territoires fermés. Il demande que la Géorgie, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie cessent de répandre de fausses informations et d'user d'une rhétorique belligérante, et les enjoint à parvenir rapidement à des négociations. Aux Etats-Unis, à l'Union européenne et au Conseil de l'Europe, il est demandé de suspendre le droit de vote de la Russie au sein de la PACE en cas de non collaboration, d'utiliser le levier des J.O. d'hiver de 2014 à Sotchi si nécessaire, et de permettre aux missions d'observations de l'ONU et de l'OSCE de poursuivre leur travail d'une manière ou d'une autre.

 

Est ensuite détaillé le cas des déplacés géorgiens. Des 25 000 Géorgiens déplacés des zones frontalières avec l'Ossétie du Sud, certains auraient été forcés à y retourner de manière coercitive. Les déplacés retournés en grande majorité dans leurs lieux d'origine ont reçu assistance et subventions, mais rencontrent de grandes difficultés : maisons et biens détruits, bétails volés et cultures endommagées. Par ailleurs, une certaine tension persiste du fait de la proximité avec la frontière administrative avec l'Ossétie du Sud, des échanges de tirs sont courants, et des enlèvements ont parfois eu lieu.

 

Le rapport consacre un chapitre à la ville d'Akhalgori, autrefois sud ossète puis passée sous contrôle géorgien depuis 1991. La ville fait ainsi l'objet d'une dispute entre l'Ossétie du Sud et la Géorgie. A la suite du conflit d'août 2008, 5 000 Géorgiens (soit près de 90% des Géorgiens de la ville) ont fui la ville passée sous le contrôle des sud Ossètes, qui préfèrent utiliser son ancien nom Léningor.

 

La situation des déplacés est, pour la Géorgie, une des questions les plus sensibles de sa politique intérieure. Les déplacés du conflit d'août 2008 ont été relativement bien pris en charge par les autorités géorgiennes, surtout si on compare leur situation avec les trois précédentes vagues de déplacés des années 1990. La différence de traitement entre les derniers et les précédents déplacés les a artificiellement mis en concurrence, conduisant à des tensions entre eux et avec les autorités géorgiennes. Par ailleurs, les ONG et OIG liées aux questions des déplacés géorgiens dénoncent la gestion à court terme de ces questions par les autorités géorgiennes, dont la volonté comme la capacité à prendre des décisions concrètes et réfléchies sont mises en doute. Par ailleurs, selon le rapport, « les déplacés sont l'une des plus vulnérables branches de la société géorgienne, exposés aux problèmes d'habitats, de services sociaux et de chômage, et sujets à des manipulations politiques, » bien que l'intérêt politique envers eux est bien plus probant depuis la présidence de Mikhéil Saakachvili. L'un des aspects les plus inquiétants de cette question est toutefois le refus des autorités géorgiennes d'accorder le statut de déplacés aux Géorgiens ayant fui les zones du conflit, statut leur permettant d'avoir accès à des droits, notamment sociaux. Néanmoins, les déplacés de facto reçoivent de l'aide, insuffisante certes, mais réelle.

 

Le rapport se désole que les accords conclus à Genève pour faire se rencontrer Géorgiens, Russes, sud Ossètes et Abkhazes autour du thème de la sécurité aux frontières n'aient abouti qu'à des déclarations de bonnes intentions, sans lendemain. La prochaine rencontre centrée sur la question du retour des déplacés, prévue le 1er juillet 2009, servira de test ultime : les « belligérants » seront-ils capables de débattre constructivement? L'un des points d'achoppement de ces discussions est la reconnaissance de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

 

Selon ce document, la fermeture définitive de la mission de l'OSCE dans la région, voulue par la Russie, aurait deux conséquences irréparables : cela rendrait plus difficile toute résolution des questions liées au conflit, et cela aurait un impact sur l'OSCE même, étant donné que cette mission était « l'une des plus vaste et stratégiquement l'une des plus importantes de l'OSCE. » La mission de l'Union européenne est ainsi la dernière à œuvrer dans la zone; son mandat prend fin en septembre 2009. Cette mission est toutefois la plus jeune et la moins intégrée de toutes les missions d'observation. Elle ne pourra remplacer l'expérience de celle diligentée par l'OSCE.

 

Enfin, le rapport dénonce le comportement de l'Union européenne, qui, une fois les accords sur le cessez-le-feu signés, n'a pas daigné réagir de manière insistante et efficace quand la Russie a délibérément ignoré et contourné lesdits accords, en plaçant de plus en plus de troupes en Ossétie du sud et en Abkhazie.

 

En conclusion, il y est dit que tous « ces facteurs créent une situation potentiellement explosive dans lesquels même les plus petits incidents peuvent déclencher un nouveau conflit. »

 

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