L’UE dans la tourmente géorgienne, un an après le conflit

Publié le par sophie tournon

Par Sophie Tournon (sources: Novaïa Gazeta, Nezavissimaïa Gazeta, Civil Georgia, Georgia Times, Rustavi 2)

Dans une interview pour le journal russe Novaïa Gazeta, le président suédois de l’UE Karl Bildt (ministre des Affaires étrangères de la Suède, qui assure la présidence tournante de l’UE pour 6 mois) se désole que la mission d’observation européenne en Géorgie n’ait toujours pas accès aux régions sécessionnistes. «Nous ignorons ce qui se passe en Ossétie du Sud et en Abkhazie, complètement fermées. Cela n’est pas normal. Nous n’avons connaissance que d’éléments épars racontés par des témoins qui s’y trouvaient. Leurs inquiétudes portent sur le respect des droits de l’homme, le retour des déplacés dans leur maison et sur les effroyables conditions économiques »

Les observateurs européens, désarmés, le sont d’autant plus qu’ils «errent» le long de la frontière sud ossète et abkhaze, en attendant de pouvoir y entrer. Mais Moscou considère que ces régions, indépendantes de facto et reconnues d’elle seule, ne peuvent être comprises dans le plan Sarkozy-Medvedev où il est question de la «seule» Géorgie. Le problème tourne ainsi autour des deux réalités politiques incompatibles: l’intégrité territoriale de la Géorgie et l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.

Le rôle de l’Union européenne dans cette zone a été rendu encore plus important depuis le départ des missions de l’ONU et de l’OSCE, dont le mandat n’a pas été prolongé suite au veto russe. De cette manière, la poursuite des fragiles et aléatoires accords de Genève demeure l’un des derniers lieux de dialogue entre les acteurs du contentieux. La prochaine réunion est prévue pour septembre, si les acteurs clés régionaux acceptent encore de dialoguer…

Le représentant spécial de l’UE au Sud Caucase Peter Semneby est actuellement en Géorgie. Après avoir rendu visite aux dirigeants abkhazes mercredi, il compte se rendre à Tskhinvali, capitale de l’Ossétie du Sud, si cela lui est permis. Il devra entre autres rassurer les autorités politiques de ces Etats de facto sur le fait que la mission européenne ne comprendra pas d’observateurs américains, comme le souhaite la Géorgie.

Il parlera aussi des tirs qui ont retenti dans la nuit du 29 juillet entre Sud Ossètes et Géorgiens et qui ont affolé toute la sphère politique et médiatique. Malgré l’absence de gravité et de revendication, cet incident intervient une semaine avant «l’anniversaire» de la guerre d’août 2008, à un moment où Russes, Géorgiens et Sud Ossètes s’observent, l’arme à la main. «Il n’est dans l’intérêt de personne d’envenimer la situation. Il y a eu d’autres incidents les nuits précédentes», précise le général français Gilles Janvier, en charge de la mission d’observation.

Toutefois, les déclarations de part et d’autre ne vont pas dans le sens d’un apaisement. Le président sud ossète Edouard Kokoyty réclame des territoires «historiquement ossètes» restés en Géorgie, et la Géorgie a ostensiblement déclaré la fin des exercices militaires «Bouclier 2009» mettant en scène son nouvel armement. Ces provocations ne font que tendre un contexte déjà au bord de l’explosion.

Dépêche publiée le 31/07/2009

Publié dans Géorgie-Europe

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