Couverture médiatique de la guerre d’août 2008 : étude comparative.

Publié le par sophie tournon

Hans-Georg Heinrich, politologue autrichien, et Kirill Tanaev, journaliste russe directeur de la Foundation for Effective Politics, se sont penchés sur le traitement médiatique du conflit russo-géorgien aux Etats-Unis, en Europe, en Russie et en Géorgie.

 

Si l’Occident s’est au début du conflit rangé du côté de la Géorgie, il a sensiblement changé de position dans l’année qui a suivi. Le rôle primordial accordé à la communication par le président géorgien Mikhéil Saakachvili explique le choix de faire appel à la société « Aspect Consulting » pour influer l’opinion internationale. Cette stratégie s’est donc avérée payante, malgré les sociétés concurrentes russes « Gplus » et « Ketchum ». Saakachvili est devenu, aux yeux de l’Occident, comme le défenseur de valeurs démocratiques mises à mal par la puissance russe.

 

Par ailleurs, les auteurs relativisent la vive réaction des médias géorgiens très critiques vis-à-vis de Saakachvili : ce signe d’une liberté de la presse digne d’une démocratie occidentale est à mettre en balance avec le sentiment de rejet et de soupçon de la population géorgienne envers les médias et la politique.

 

Leur recherche porte sur les discours des présidents géorgien et russe et sur 10 titres de presse : 2 états-uniens (New York Time et Washington Post), 1 britannique (Guardian), 1 français (Le Monde), 1 autrichien (Der Standard), 1 allemand (Handelsblatt), 1 suisse (Neue Zürcher Zeitung), deux russes (Rossiiskaya gazeta et Novaya Gazeta) et 1 géorgien (Georgian Messenger). Elle couvre une période allant du 3 juillet au 30 décembre 2008. La recherche a été faite à l’aide d’un logiciel d’analyse de contenu.

 

L’analyse des discours des présidents, tous deux ayant une formation de juriste, montre la prééminence de références à la paix, à la sécurité et au droit international pour justifier le conflit. Les présidents ont en outre une interprétation radicalement opposée du rôle de l’OTAN, M. Saakachvili affirmant qu’en tant que membre de cette organisation américaine, le pays aurait pu éviter la guerre, D. Medvedev accusant l’Alliance de saper toute évolution pacifique. Enfin, la presse occidentale est très marquée par son orientation pro-géorgienne, avec un fléchissement progressif dans son opinion, le Guardian étant l’exception pro-russe.

 

Une annexe fort intéressante dresse un tableau des raisons invoquées par les différents titres pour expliquer les causes de la guerre. Où l’on voit que le « génocide », la « catastrophe humanitaire » et la protection de « ses citoyens » sont des arguments abondamment avancés par le titre russe pro-gouvernemental Rossiiskaya gazeta. Quant au journal géorgien The Messenger, il met surtout en avant la protection de « l’intégrité territoriale », la « guerre préventive » et le « droit international. »

 

Source : Caucasian Review of International Affairs, vol. 3, été 2009

Publié dans Médias

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