Une «Plateforme de Stabilité» pour un Sud Caucase mieux intégré

Publié le par sophie tournon

Par Sophie Tournon (Sources: Eleni Fotiou, “Caucasus Stability and Cooperation Platform: What is at Stake for Regional Cooperation?”, ICBSS, juin 2009; todayszaman.com, analyst-network.com, turkishpress.com, ANSpress.com)

La Plateforme de stabilité et de coopération du Caucase (Caucasus Stability and Cooperation Platform, CSCP) a été créée le 12 août 2008 à l’initiative de la Turquie, qui joue un rôle grandissant dans la région Sud Caucase. Son fondateur, le politologue Ahmet Davutoðlu, actuel ministre des Affaires étrangères, est connu pour être le promoteur du retour de l’influence de la Turquie sur la scène régionale étendue.

Ankara propose, à travers cette plateforme, de favoriser le dialogue et les rencontres entre les différents acteurs régionaux, afin d’asseoir son statut de médiateur entre les trois républiques indépendantes depuis plus de 16 ans. Selon Ali Babacan, ancien ministre turc des Affaires étrangères, cette plateforme constitue une opportunité pour ces Etats non intégrés de mettre à plat leurs litiges et leurs projets. Et dans les deux cas, ils sont nombreux. Cette initiative, désirée depuis 2000, naît au moment où le Sud Caucase se retrouve au centre des attentions, entre tensions régionales accrues d’un côté et accords commerciaux et diplomatiques renforcés de l’autre.

La principale difficulté consiste, pour cette nouvelle institution, à contourner les habitudes de jeux politiques bilatéraux (Arménie-Russie, Azerbaïdjan-Turquie, Géorgie-Turquie, Azerbaïdjan-Géorgie) et à ne pas froisser les nouvelles entités de facto (Karabagh, Abkhazie et Ossétie du Sud).

Du côté géorgien, le problème est kafkaïen: reconnaître l’intégrité territoriale de la Géorgie tout en serrant la main des Russes est un exercice diplomatique de haute volée. D’abord réticente à l’idée de s’asseoir à la même table que la Russie contre qui elle est en «guerre froide», la Géorgie est dubitative mais ouverte. Ghia Nodia, politologue géorgien et ancien ministre de l’Education, explique que cette plateforme est encore mal comprise par les dirigeants géorgiens, qui s’en remettent totalement aux organisations intergouvernementales établies telles l’ONU, l’OSCE et l’Union européenne.

Par ailleurs, sous la pression d’Ankara, l’Azerbaïdjan a surmonté son rejet de dialogue avec l’Arménie, ces deux Etats s’opposant sur le conflit gelé du Karabagh. L’Arménie enclavée a vite compris qu’un réchauffement de ses relations avec la Turquie pouvait lui donner une nouvelle arrivée d’air frais sur le plan politique comme économique. La visite du Président turc en Arménie en septembre 2008 est ainsi un premier pas allant dans le sens d’un apaisement des relations diplomatiques. Mais les liens de l’Arménie avec l’Iran, le conflit du Karabagh et la non reconnaissance du génocide des Arméniens par Ankara sont autant d’épines plantées dans le fragile talon de cette Plateforme de stabilité.

Deux aspects justifient la présence de la Russie: elle considère le Sud Caucase comme faisant toujours partie de sa «zone d’influence», et elle a accepté de participer à cette plateforme pour mieux la «contrôler».

Enfin, l’intérêt de la Turquie dans ce nouveau «Grand Jeu» est, outre d’opérer un retour sur cette scène longtemps délaissée, de se rapprocher de la Russie et de contrer une possible influence de l’Iran voisin. D’ailleurs, un mois après la création de cette plateforme, un représentant de l’Iran a fait savoir que son pays regrettait ne pas avoir été invité à participer dans ce projet d’Union caucasienne.

La prochaine réunion est prévue en septembre, des experts des pays membres seront invités à discuter des conflits passés, en cours et gelés, et des solutions envisageables. La Plateforme y joue de sa crédibilité et de sa viabilité. Affaire à suivre, donc…

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