Abkhazie et Ossétie du Sud : des «conflits gelés» aux souverainetés assumées

Publié le par sophie tournon

Par Sophie Tournon (sources: Civil Georgia, Georgia Times, agence RES, OS Inform)

Le 26 août 2008, le président russe Dmitri Medvedev a reconnu par décret l’indépendance des deux régions séparatistes abkhaze et sud ossète, indépendantes de facto depuis de nombreuses années, et de russo jure depuis lors. Un an après, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud commémorent leur indépendance et la fin des conflits qui les ont opposées à la Géorgie depuis la chute de l’URSS. Ce 26 août a été proclamé fête de la «Grande guerre patriotique» dans ces deux Etats.

Dès le 8 août 2009, la capitale sud ossète a commémoré à sa manière le déclenchement du conflit: un «musée du génocide» a été inauguré en grande pompe, en l’honneur des 162 civils sud ossètes et des 67 soldats russes qui ont péri pendant cette guerre de cinq jours. En parcourant le site de l’agence d’information ossète RES, on lit que le «génocide» est un concept qui englobe toute l’histoire de la région, et date, pour certains, du XVIe siècle. Sous cet angle, on comprend que les relations avec les Géorgiens, les «perpétrateurs», sont placées sous le signe de la méfiance et de la propagande hostile.

La veille des commémorations, les présidents d’Abkhazie Serguey Bagapch et d’Ossétie du Sud Edouard Kokoyty ont remercié solennellement le Président et le Premier ministre russes pour leur ferme soutien en temps de guerre -soutien militaire qui permit la défaite de l’agresseur géorgien-, comme en temps de paix -soutien financier, humanitaire, commercial, etc. Dmitri Medvedev s’était rendu à Tskhinvali, capitale de l’Ossétie du Sud, le 13 juillet, et Vladimir Poutine lui a emboîté le pas, le 12 août, à Soukhoumi, capitale de l’Abkhazie. Leur présence, fêtée comme le symbole du rapprochement, a été interprétée comme une ingérence et une provocation par les autorités géorgiennes.

La solidarité, voire l’amitié affichée des autorités indépendantistes avec le Kremlin est en outre confortée par des signes qui ne trompent pas. Ces Etats inconsistants dépendent en tout de leur voisin du nord: budget d’Etat, armée, approvisionnement énergétique et commercial, garde-frontières, et même citoyenneté russe sont offerts aux Abkhazes et sud Ossètes, en plus de fonds destinés à la reconstruction des routes, des infrastructures et des administrations. Ce 26 août, l’Ossétie du Sud a symboliquement inauguré le nouveau gazoduc qui la relie à la Fédération de Russie, lui permettant de ne plus dépendre du gaz provenant de Géorgie. Choisir sa dépendance est un gage de souveraineté assumée…

De son côté, Tbilissi ne digère toujours pas sa défaite diplomatique: les deux régions lui sont désormais interdites d’accès. De même, elles demeurent hermétiquement fermées aux observateurs internationaux dépêchés sur place mais relégués à la frontière côté géorgien. La communauté internationale, qui ne reconnaît pas ces indépendances, parle toujours de «conflit gelé» à leur endroit.

Toutefois, il semble bien qu’un fléchissement prudent, que l’on peut qualifier de Realpolitik, s’impose dans les discours et les projets sinon internationaux, du moins européens: l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, certes présentées comme des régions géorgiennes sécessionnistes, apparaissent aussi comme des acteurs à part entière, dont la présence aux tables de négociations est assurée. Cette ouverture diplomatique est due aux efforts continus de la Russie, qui oblige ses interlocuteurs à prendre en considération ce qu’elle appelle «la réalité du terrain», et à se méfier de toute politique de l’autruche consistant à nier le choix opéré par les deux gouvernements schismatiques.
 

Dépêche publiée le 26/08/2009

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