Un nouveau ministre de la Défense très controversé

Publié le par sophie tournon

Alors que la nomination du nouveau ministre de l’économie Zourab Pololikachvili, ancien ambassadeur en Espagne, a été accueillie avec bienveillance, celle du nouveau ministre géorgien de la Défense fait pratiquement l’unanimité des experts, des médias et de l’opposition contre lui. Batchan (Batcho) Akhalaya, jeune homme de 28 ans, semble symboliser le tournant autoritaire emprunté par le président Mikhéil Saakachvili.

 

B. Akhalaya, transfuge du ministère de la Justice, était auparavant vice-ministre de la Défense. Certains affirment qu’il était alors le réel décideur au ministère, son prédécesseur, Davit Siqaroulidzé, ancien ambassadeur aux Etats-Unis, n’étant qu’un « pion neutre et présentable » supposé rassurer les Géorgiens et les alliés étrangers. D. Siqaroulidzé a été muté conseiller du président juste après sa « bourde » : lors d’une interview pour un journal américain, il avait clairement dit que les instructeurs états-uniens formaient les soldats géorgiens non seulement pour l’Afghanistan dans le cadre de l’OTAN, mais aussi pour un prochain conflit contre l’Ossétie du Sud. Le démenti du ministère n’a pas suffit, le fautif dut se dédire et quitter ses fonctions, au profit de son second.

 

La réputation d’homme strict, voire d’autoritaire, vaut à Batcho Akhalaya une volée de bois vert de la part du médiateur de la République Sozar Soubari, qui l’accuse d’être « un criminel » passible de nombreux procès. Lui est reprochée entre autres sa mauvaise gestion des troubles dans un centre pénitencier en 2006. Dans le même temps, le président Mikhéil Saakachvili a félicité son bilan positif après son passage au ministère de la Justice. Le ministre aurait accompli ce que lui-même n’a pu faire en tant que ministre de la Justice : nettoyer les prisons des parrains qui la contrôlaient. Parmi ses missions, le jeune ministre de la Défense devra renforcer l’autorité du gouvernement sur l’Armée, déconfite en août 2008 et suspicieuse envers les politiques depuis la révolte matée en mai 2009.

 

Sa nomination, jugée dangereuse par l’opposition, intervient juste avant la rentrée politique et son cortège de mobilisations. En effet, les manifestations anti-gouvernement interrompues durant la pause estivale doivent reprendre en septembre. Des leaders de l’opposition accusent le nouveau ministre d’avoir formé les « escadrons de la mort » chargés de saper les manifestations pacifiques du printemps et craignent une instrumentalisation des forces armées contre leurs manifestations. Pour eux, sa nomination revient à une déclaration de guerre contre toute opposition et à l’ouverture d’une ère de « dictature militaire » dans la politique intérieure géorgienne. De plus, le quotidien géorgien « Rezonansi » dénonce la mainmise du ministre de l’Intérieur Vano Mérabichvili, et de ses disciples dont Akhalaya, sur les postes clés du pays.

 

Pour autant, ce choix d’un ministère renforcé et d’un ministre certes impopulaire mais « à poigne » trouve sa justification dans l’état de désorientation où se trouve l’armée, alors que les tensions s’exacerbent dans une région très instable. Selon l’expert Irakli Sessiachvili, « le Président a peur de l’armée, d’où ce choix de nommer Akhalaya. »


Cet homme à la carrière foudroyante sera-t-il à la hauteur des espoirs du président... et des craintes de l'opposition?
 

Sources : Vzglyad, Georgia Times, Civil Georgia

Publié dans Politique intérieure

Commenter cet article