Deux journalistes russes indésirables en Géorgie pour des raisons discutables

Publié le par sophie tournon

Le 2 septembre 2009, les autorités géorgiennes ont interdit à deux journalistes russes de d’entrer sur le territoire géorgien.

 

Le rédacteur en chef des Izvestia, Vladimir Mamontov, ainsi que l’animateur vedette de la Première chaîne russe, Maksim Chevtchenko, ont été priés de retourner en Russie (via l’Arménie, escale obligée depuis la fin des vols directs entre Moscou et Tbilissi) alors qu’ils venaient d’atterrir en Géorgie. Le motif de leur interdiction de séjour s’explique par un crime intolérable aux yeux du gouvernement géorgien : ces deux personnalités des médias ont violé la loi géorgienne en bravant l’embargo qui interdit d’entrer dans les régions sécessionnistes abkhazes et sud ossète.

 

Ironie du sort ou cause directe de leur renvoi, ces deux journalistes se rendaient à Tbilissi sur invitation d’une commission russo-géorgienne de résolution des conflits, pour participer à une table ronde entre experts, politiques et journalistes consacrée à la normalisation des relations entre les deux pays, en froid depuis le conflit éclair d’août 2008. Malkhaz Goulachvili, président de ce conseil et rédacteur en chef du journal Georgian Times, a prévenu que ce scandale nuira à l’image de la Géorgie. Il se désole du silence des représentants politiques géorgiens, qui n’ont pas jugé utile de condamner ou de soutenir fermement cette provocation, véritable atteinte, selon lui, à la liberté d’expression. Alan Kassaev, rédacteur en chef de l’agence RIA Novosti, a déclaré que de tels échanges d’opinions devaient se poursuivre et se développer malgré tout. La prochaine entrevue aura certainement lieu à Moscou, ce qui permettra de réunir tous les journalistes et politistes à la même table.

 

Ce même jour, les deux journalistes déboutés ont publiquement usé de leur droit de réponse, en organisant à Erevan une conférence télévisée. Tous deux rejettent les accusations « mensongères et provocatrices » du pouvoir géorgien « autoritaire et répressif ». Vladimir Mamontov réfute l’accusation de violation de territoire, et affirme ne s’être jamais déplacé en Abkhazie ou en Ossétie, mais promet ironiquement de le faire, pour « réparer cet oubli dans les plus brefs délais ». Toutefois, si Maksim Chevtchenko a admis s’être rendu à plusieurs reprises dans les zones sécessionnistes, c’était en tant que journaliste professionnel, comme bien d’autres qui exercent librement en Géorgie. De plus, le troisième membre de la délégation russe, Alan Kassaev, a bien été admis en Géorgie alors qu’il s’est déjà rendu en Ossétie du Sud. Tout ceci qui alimente leur thèse d’un scandale mal construit visant à saper la table ronde pour une régulation des échanges intellectuels sur les questions relatives au Sud Caucase.

 

En tout état de cause, les deux journalistes, déçus mais pas défaitistes, distinguent « l’amitié du peuple géorgien » du pouvoir malintentionné. Ce faisant, ils s’alignent sur les discours officiels du Kremlin, qui refuse tout contact avec le président géorgien et son équipe mais pas avec la population géorgienne, amicale et incomprise du pouvoir. Précisons, à toute fin utile, que Maksim Chevtchenko est membre de la « Chambre publique de la Fédération de Russie ». Cette institution a été créée par l’administration de Vladimir Poutine en 2005 pour favoriser l’émergence d’une société civile via un collège de représentants hétéroclites, pour promouvoir et protéger les droits de l’homme. Certains dénoncent derrière cette ambitieuse initiative une instrumentalisation et une dépolitisation des organisations civiles aspirées dans cette « chambre publique ».

 

Sources : Civil Georgia, Georgia Times, Georgian Times, RIA Novosti

Publié dans Géorgie-Russie

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