La Russie ferme ses frontières terrestres du Sud Caucase aux « étrangers »

Publié le par sophie tournon

Conséquence du retrait de la Géorgie de la CEI (Communauté des Etats Indépendants) depuis le 18 août 2009, les Géorgiens ne peuvent traverser la frontière terrestre russe depuis l’Azerbaïdjan, pays toujours membre de cette organisation.

 

L’argument russe justifiant cette fermeture est double : légalement, les citoyens d’Etats non membres de la CEI ne peuvent franchir cette frontière terrestre, ce qui est le cas de la Géorgie depuis peu. Autre facette : cette décision viserait non pas les Géorgiens, mais les étrangers qui viendraient en aide aux Nord Caucasiens, qui s’arment contre l’autorité russe. Ces derniers temps, l’instabilité politique, le terrorisme et la relative montée de l’islamisme dans certaines républiques du Caucase russe inquiètent Moscou, qui tente de se prémunir contre toutes importations d’armes et de combattants extrémistes.

 

Du fait de l’interdiction de tout vol direct entre la Géorgie et la Russie depuis le conflit d’août 2008, le seul moyen de traverser la frontière depuis la Géorgie est de se rendre au poste de douane de Verkhniy Lars, entre la Russie et la Géorgie. Ce poste frontalier, fermé par la Russie au moment de l’embargo sur les vins et herbes géorgiens, a été récemment restauré. Mais il demeure fermé, au grand dam des Géorgiens mais surtout des Arméniens, pour qui ce passage constituait la voie expresse vers la Russie. Moscou a promis de le rouvrir prochainement. Toutefois, côté géorgien, l’indifférence règne : en l’absence de relation commerciale et diplomatique avec la Russie (l’ambassade suisse sert d’intermédiaire et de représentant des deux pays en froid), l’intérêt d’ouvrir cette voie a quasi disparu. Les négociations entre Moscou et Tbilissi sur cette question font ainsi essentiellement office de levier dans les relations entre la Géorgie et l’Arménie. Verkhniy Lars est ainsi au cœur d’un « ménage à trois », où le mariage arrangé entre Tbilissi et Erevan s’accommode difficilement de la liaison russo-arménienne.

 

Reste alors pour les Géorgiens une dernière solution, la seule légale, pour se rendre en Russie : passer par un pays tiers. Les Géorgiens devront désormais faire escale dans les pays voisins avant d’atteindre la terre de l’ancien « grand frère du Nord ». L’itinéraire passant par l’Azerbaïdjan était le plus facilement pratiqué par les Géorgiens, car le moins cher en train. En coupant cette voie, la Russie frapperait plus particulièrement les Géorgiens les moins aisés, ceux pour qui l’avion était un luxe. Dorénavant, tous devront faire escale à Erevan, Kiev ou Minsk.

 

Au journaliste de « Nezavissimaya gazeta » qui demande pourquoi le passage via les autres Etats membres de la CEI frontaliers de la Russie, comme l’Ukraine ou la Biélorussie, n’est pas interdit, le ministère russe des Affaires étrangères oppose un silence gêné, suivi d’une réponse tout aussi embarrassée : « nous étudierons cette question si nécessaire ». Affaire à suivre…

 

Source : Nezavissimaya Gazeta, Civil Georgia

Photo : Poste de frontière de Verkhniy Lars, Georgia Times 

 

Publié dans Géorgie-Russie

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