Le terrorisme continue de secouer le Nord Caucase

Publié le par sophie tournon

 

Par Sophie Tournon (sources: Vremya Novosteï, RIA Novosti)

Le 16 septembre 2009, une femme kamikaze s’est fait exploser en plein centre de Grozny, faisant huit blessés, dont deux policiers.

Depuis mai 2009, date du début officiel de la coopération policière entre l’Ingouchie et la Tchétchénie contre le terrorisme, ces hommes et femmes ceinturés d’explosifs ont causé la mort de dizaines de personnes, kamikazes compris, et blessé des centaines d’autres. Civils mais aussi représentants des instances de pouvoir sont régulièrement touchés. Ainsi, le 22 juin 2009, un kamikaze s’est jeté sur le cortège du président de l’Ingouchie Evkourov, le blessant grièvement. Ce sont au total 41 kamikazes qui ont frappé en Russie depuis le premier cas recensé en 2000, selon le journal russe Vremya Novosteï.

Selon ce même journal, le premier kamikaze aurait fait exploser sa ceinture chargée en juin 2000, en Tchétchénie. En octobre 2002, un groupe de terroristes, hommes et femmes aux ceintures bourrées d’explosifs, a pris la salle de théâtre Nord-Ost en otage. L’issue est connue, les kamikazes ont échoué, mais leur lutte a alors fait le tour des médias du monde entier. Alors que la seconde guerre de Tchétchénie se déroule à huis clos depuis 1999, les revendications des séparatistes, mais surtout les réalités d’une guerre sans merci se retrouvent à la une de nombreux journaux.

Depuis Nord-Ost, les kamikazes se sont multipliés, et le nombre de leurs victimes aussi. Les lieux des attentats se sont diversifiés: Moscou est touchée à plusieurs reprises, cafés, salles de concerts, hôpitaux, trains, métros, avions et école (rappelons-nous de la prise d’otage de l’école de Beslan et de son issue dramatique, en septembre 2004) sont visés. Tout le Nord Caucase devient la scène de ces attentats portés par des citoyens russes contre d’autres citoyens russes. Mais, comme le souligne la politiste Aurélie Campana de l’Université de Laval, le terrorisme prend diverses formes au Caucase du Nord (attentats à la voiture piégée; attentats à la bombe; prise d’otages massive...). Ces actes ne sont qu’une forme de terrorisme parmi d’autres dans une région depuis trop longtemps secouée par une instabilité politique récurrente.

L’Ingouchie, la Tchétchénie et le Daghestan continuent ainsi d’être le théâtre de scènes de violence extrême répétées. Pourtant, officiellement, le Nord Caucase est pacifié et stabilisé. Cette approche idyllique est imposée par le Kremlin comme une propagande à la limite de la méthode Coué, et les chefs d’Etats des républiques du Nord Caucase, tous nommés ou directement liés au gouvernement fédéral russe, s’en font volontiers le relai. En échange, ces hommes liges ont les mains libres: ils usent et abusent de leur «force légitime» contre ceux qu’ils qualifient tantôt de terroristes, tantôt d’insurgés et surtout contre leur population. Arrestations arbitraires ou justifiées, suivies d’actes de tortures et même de meurtres, sont régulièrement dénoncés par les rares journalistes, témoins courageux, et les quelques ONG encore présentes, mais pour combien de temps encore?

Certains comparent la région Nord Caucase à Israël en guerre contre les Palestiniens, d’autres la rapprochent de l’Afghanistan… Les points communs sont certes nombreux: ressentiments, minorités discriminées, islamisme… mais la comparaison s’arrête là, l’histoire coloniale de la Russie, le rapport du pouvoir fédéral à la violence et aux droits de l’homme, les enjeux économiques, politiques et religieux locaux, et le rôle du terrorisme islamiste international obligent à considérer la scène caucasienne russe comme singulière.

Dépêche publiée le 21/09/2009

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