Relations triangulaires Géorgie - Etats-Unis - Russie

Publié le par sophie tournon

Les Etats-Unis poursuivent leur stratégie de collaboration avec la Géorgie, tout en se rapprochant de la Russie

Par Sophie Tournon (sources: Kavkaz Uzel, Georgia Times)

Parmi les signes de coopération entre Washington et Tbilissi, la coopération militaire garde une place privilégiée. Des instructeurs militaires états-uniens sont depuis quelques années présents en Géorgie. Des soldats géorgiens ont déjà été et seront de nouveau envoyés en Afghanistan, sous commandement français. Suivant un accord conclu récemment, la Géorgie accueillerait prochainement des prisonniers actuellement détenus dans la prison de Guantanamo en cours de démembrement. Enfin, trois bases militaires états-uniennes seraient prévues sur le territoire géorgien, sous couvert de l’acceptation du Congrès américain en 2010. Leur construction s’achèverait fin 2014 pour accueillir au maximum 25.000 soldats.

Les motivations géorgiennes permettant d’expliquer une telle intensité de collaboration se résument à une donnée principale: le désir de se détacher «à tout prix» de l’emprise russe. Pour ce faire, la Géorgie, qui n’est plus membre de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) depuis août 2009, s’impose depuis 2004 un calendrier lourd en réformes économiques, politiques, juridiques -mais pas tout à fait sociales-, afin de correspondre aux standards européens. Le but ultime est de présenter sa candidature à l’entrée dans l’OTAN, organisation perçue comme le sésame de la libération de toute tutelle régionale.

Le conflit d’août 2008 en Ossétie du Sud comme le changement de gouvernement à Washington ont toutefois sérieusement entamé les efforts géorgiens. Malgré tout, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a réaffirmé, ce 21 septembre, le soutien de son pays à l’intégrité territoriale de la Géorgie, amputée de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud (reconnues par la Russie): il s’agit surtout d’une diplomatie a minima, destinée à rassurer les Géorgiens sans trop se mouiller. En effet, l’administration de Barack Obama n’est plus dans le même état d’esprit que l’équipe de son prédécesseur G.W.Bush: la Russie, que le président géorgien Mikhéil Saakachvili considère comme le «grand Satan», est désormais un allié potentiel choyé par Washington (d’où le présent fait par les Etats-Unis à la Russie: un bouton à presser «perezagruzka» [reset] symbolisant la remise à zéro des compteurs diplomatiques). Dans cette nouvelle grille de lecture des relations internationales, la Géorgie se retrouve au second plan dans le jeu diplomatique des Etats-Uniens envers la Russie.

L’ouverture cette semaine d’une série de débats politiques à l’ONU donnera l’occasion au président géorgien de s’expliquer sur sa politique d’intégration à l’Ouest, et ce malgré l’épée de Damoclès qui le menace. Cette même semaine, la Commission d’enquête internationale remettra son rapport au Secrétaire général de l’ONU sur les causes du conflit d’août 2008. Beaucoup en Géorgie craignent que ce rapport ne remette en question «l’amitié» des Etats-Unis et des Occidentaux. Sur le plan de la politique intérieure, l’opposition géorgienne, qui délaisse les manifestations de rue, est aux aguets du moindre faux pas de la part de M.Saakachvili. La rentrée politique géorgienne bat son plein, les cartes sont en cours de distribution, le «bras de fer» peut commencer.

Dépêche publiée le 23/09/2009

Publié dans International

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