Azerbaïdjan : Une liberté de parole très préoccupante

Publié le par sophie tournon

Par Sophie Tournon (Sources: Kavkaz Uzel, Zerkalo.az, dejure.az, Reporters sans frontières, Center for Journalism in Extreme Situation)

Le statut des journalistes indépendants en Azerbaïdjan suscite des craintes ces dernières années. La liberté de parole comme l’indépendance d’esprit sembleraient mal vues des autorités azerbaïdjanaises, et les cas d’inculpation et d’incarcération de journalistes ou libres-penseurs, poursuivis par les forces de l’ordre et la justice pour des raisons plus ou moins sérieuses, entachent davantage l’image d’un pays peu connu pour ses principes démocratiques et ses prisons modèles.

Müshviq Hüseynov, journaliste de Bizim Yol, arrêté le 24 juillet 2007 pour «pot-de-vin», a été jugé passible de 6 ans de prison, réduits à 5 ans. L’amnistie présidentielle lui a été refusée, alors qu’elle était ardemment souhaitée par Reporters sans frontières et par le représentant spécial de l’OSCE à la liberté des médias, Miklós Haraszti. Müshviq Hüseynov, qui souffrait de tuberculose depuis longtemps, a vu son état de santé empirer dramatiquement du fait de ses conditions de détention, au point d’avoir été de nouveau transféré au pénitencier des tuberculeux.

Autres cas inquiétants, les journalistes Sardar Alibeyli (Aliev) et Faramaz Allahverdiev (Novruzoglu), du journal Nota, sont passibles de 3 mois de prison pour «insulte et diffamation» suite à des articles incriminant des personnalités politiques de premier plan. Deux jeunes bloggers, Emin Milli et Adnan Hacizade, militants de l’opposition, ont été arrêtés pour «hooliganisme» à la suite d’une rixe dans un restaurant le 8 juillet 2009, alors qu’ils étaient les victimes de deux inconnus manifestement en mission commandée, considérés comme victimes par la police. Leur détention arbitraire comme l’absence de soins pourtant nécessaires révèlent la dimension politique de leur incarcération qui a révolté la société civile azerbaïdjanaise et les médias étrangers. E.Milli dirige le mouvement «Alumni Network» et a créé une chaîne sur Internet, ANTV; il a été chef de la filiale du fond Friedrich Ebert en Azerbaïdjan. A.Hacizade est le cofondateur du mouvement «Ol».

Se trouvent aussi derrière les barreaux Eynulla Fatullayev, rédacteur en chef des journaux Realnyi Azerbaïdjan et Gündalik Azerbaycan, depuis octobre 2007 (pour menace terroriste, incitation à la haine raciale et religieuse et fraude fiscale, passible de 8 ans et demi de prison), le rédacteur en chef de Azadliq Qanimat Zahidov (pour hooliganisme et dommage corporel, passible de 4 ans d’emprisonnement). Son frère, le poète satiriste Mirza Sakit (Sakit Zahidov), en prison depuis juin 2006 pour 3 ans pour détention de drogues, a été amnistié en avril 2009.

Aucun de ces prisonniers «médiatiques», qui ont subi enlèvements, passages à tabac ou incarcérations humiliantes, ne reconnaît les chefs d’accusation portés à leur encontre. Leurs amis, collègues et les différents soutiens nationaux et internationaux organisés pour leur libération dénoncent des accusations fabriquées et des provocations intolérables de la part des autorités. Selon les mots de RSF, le président Ilham Aliev est considéré comme un «prédateur de la liberté de la presse».

Dépêche publiée le 19/10/2009

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