Des observateurs géorgiens ou des «pieds nickelés»?

Publié le par sophie tournon

Dépêche publiée le 23/01/2010
CAUCAZ.COM

Par Sophie Tournon. Sources : Rosbalt, Vzgliad, Civil Georgia, Rezonansi


Le scandale des observateurs géorgiens envoyés en Ukraine à l’occasion des élections présidentielles grossit chaque jour un peu plus, frôlant le ridicule ou flirtant avec l’incident diplomatique.

Rappel des faits: la Géorgie, qui a déposé une demande officielle pour 2000 observateurs, n’a pas obtenu l’accord de l’Ukraine. Malgré ce refus, plusieurs centaines de «gros bras» géorgiens se sont rendus en Ukraine, essentiellement dans la région de Donetsk.

Contexte : Le gouvernement de Mikhéil Saakachvili, issu de la «révolution des roses», est politiquement lié au gouvernement de Victor Youchenko et de sa Première ministre Ioulia Timochenko, acteurs de la «révolution orange». Ces révolutions colorées étaient l’expression d’une prise de position nettement distanciée avec Moscou, perçue comme le dernier obstacle avant l’intégration européenne. Mme Timochenko est une candidate aux élections présidentielles, dont le premier tour s’est achevé ce 17 janvier. L’autre outsider est le candidat «pro russe» Victor Ianoukovitch, qui se méfie des Géorgiens comme de la grippe porcine.

Le scandale: aux yeux de Ianoukovitch, les observateurs géorgiens ne seraient rien d’autre que des provocateurs. Selon ce candidat, ces hommes de main de Saakachvili sont arrivés dans la région de Donetsk, qui lui est électoralement acquise, pour gêner, voire empêcher les électeurs de s’exprimer. De fait, ces observateurs non accrédités par la Commission centrale électorale ukrainienne étaient tous des hommes jeunes et costauds. Selon des députés du parti de Ianoukovitch, les demandes remplies par ces observateurs étaient douteuses ou incomplètes, la plupart se déclarant «chômeurs». Et d’après des opposants géorgiens, connus pour leur acharnement souvent haineux contre le gouvernement géorgien en place, ces hommes font, au choix, partie des services spéciaux géorgiens ou de la mafia.

La présence de ces Géorgiens pose en effet un grand nombre de questions. Mais s’il devait y avoir une seule question, dans le cas où le scandale devait s’avérer, ce serait alors: pourquoi tant d’erreurs grossières?

Que la Géorgie cherche à consolider ses «arrières» et s’assurer des alliés dans un contexte aussi tendu (une guerre en août 2008 contre la Russie, des régions indépendantes de facto, des questions énergétiques et économiques problématiques, etc.) n’étonnera pas les spécialistes. L’ingérence de tiers Etat est chose «commune» quand il s’agit de «sécurité» ou de «survie politique». La Russie – comme tant d’autres! - a, en son temps et à sa manière, fait autant ou pire lorsque la nécessité s’en faisait sentir. Mais envoyer un tel contingent, dont certains membres sont encore retenus dans des sanatoriums par les forces de l’ordre ukrainiennes, pour les empêcher de commettre «l’irréparable», laisse songeur quant aux méthodes et au professionnalisme ! Notons toutefois que rien ne s’est réellement passé en Ukraine…

Autre sujet d’étonnement, la placidité des représentants politiques géorgiens, pour qui tout va bien en Ukraine, au point qu’un député de la majorité a pu déclarer: «Plus il y aura d’observateurs géorgiens [au second tour], plus forte sera la légitimité de ces élections». De deux choses l’une, il s’agit soit d’un malentendu (certains parlent de manigances du FSB contre les Géorgiens), soit d’un scandale dont les conséquences pour le gouvernement géorgien seront probablement lourdes.

Publié dans International

Commenter cet article