Géorgie : Le droit de manifester remis en question ?

Publié le par sophie tournon

par Sophie Tournon (Civil Georgia, Liberali, GHN, diverses vidéos sur Internet)

Regard sur l'Est (regard-est.com)

Le 3 janvier 2011, une dizaine d’hommes, anciens soldats ayant participé à la guerre en Abkhazie et en Ossétie du Sud en 1990-1994, se sont rassemblés à Tbilissi, sur la Place des Héros, pour protester contre leurs conditions de vie et revendiquer des droits.

Le groupe de vétérans s’est installé, avec des couvertures de fortune, au pied du mur érigé en mémoire aux soldats morts durant la guerre, mur recouvert du nom des victimes tombées. Ce mouvement fait suite et prolonge une grève de la faim entamée le 27 décembre 2010. L’objet de leur mécontentement est leurs conditions de vie misérables et leurs droits sociaux réduits (l’équivalent de 12 dollars de pension par mois) et chaque année rognés davantage, qualifiés d'«indignes» d’hommes qui ont fait guerre pour leur patrie. De manière générale, les conditions sociales sont très dures pour les classes moyennes et pauvres en Géorgie, et cette manifestation pacifique vient rappeler, après les agapes du nouvel an, que les questions cruciales des conditions de vies d’une large partie des Géorgiens restent en suspens.

Leur rassemblement a non seulement attiré les médias, mais aussi les forces de l’ordre et des hommes forts en civil, qui se sont empressés en masse de les déloger du monument, n’hésitant pas à employer la force contre ces personnes démunies, désarmées, insultant et bousculant la foule et même frappant sans raison une femme. Onze hommes ont été arrêtés pour «hooliganisme et désobéissance» et doivent payer une amende de 400 laris (env. 200 dollars). Selon le ministère de l’Intérieur, ces individus auraient violé la loi par leur comportement incivil et seraient sous l’emprise de l’alcool.

Les vidéos de leur arrestation a fait le tour de la toile, suscitant dégoût et révolte. L’association des Jeunes Avocats (GYLA), reconnue pour son ton critique envers les abus de pouvoir et son penchant à défendre une vision plus sociale des droits, affirme que le rassemblement pacifique des vétérans s’est déroulé en conformité avec les lois géorgiennes, les vétérans ayant prévenu la mairie et n’ayant pas cherché à bloquer la circulation. Le Médiateur de la République a abondé en ce sens et réclame la révision du jugement.

Il est intéressant aussi de noter que les télévisions nationales, dites proches du pouvoir, n’ont pas couvert cet événement, alors qu'il a fait l’objet d’un traitement permanent de la part de la chaîne indépendante Kavkassia. Enfin, dès le 4 janvier, des représentants de l’opposition ont saisi l’occasion pour faire de ces arrestations un moyen de se ressaisir politiquement et de reprendre le chemin de la mobilisation contre le gouvernement.

Publié dans Politique intérieure

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