Géorgie : un « pays néobolchévique » ?

Publié le par sophie tournon

Par Sophie Tournon (Radio Liberté, Liberali) pour Regard sur l'Est

Le 15 mars 2011 s’est tenu, dans le prestigieux hôtel Marriott de Tbilissi, un colloque autour du thème de la Géorgie et l’Union européenne. Cette réunion était organisée par le fonds Soros «Société Ouverte –Géorgie», et les intervenants étaient des experts issus d’ONG associées, dont l’Association des Jeunes Juristes Géorgiens (GYLA) et Pour des Elections Justes. 

Les nombreux thèmes abordés revenaient sur les questions cruciales de construction institutionnelle, de droit et de démocratisation en Géorgie, depuis la réforme de la Constitution jusqu’aux problèmes de l’indépendance des médias. Les experts ont pointé les manquements, énuméré les obstacles à la construction d’une société plus démocratique et relevé les points noirs de la politique gouvernementale. Les différents rapports tenus venaient pratiquement remettre en question la nature du rapprochement Géorgie-UE, étant donné la lenteur, voire la non volonté de changer ce qui devrait l’être de la part des autorités.

Le principal grief, sur le plan institutionnel, portait sur le chevauchement des différentes branches du pouvoir, l’exécutif n’étant pas nettement séparé du législatif et la Justice étant elle-même subordonnée au pouvoir. L’experte des médias a souligné l’importance de revoir l’environnement économique et politique dans cette sphère sensible, et la transparence des administrations dites publiques dans leur communication, l’hôtel de ville de Tbilissi ayant été accusé de cultiver à cet égard une opacité aggravée. Les questions économiques, de droit, de justice abusive, de sécurité alimentaire et de transparence électorale ont été tour à tour évoquées, et ont « choqué » l’ambassadeur français Eric Fournier, auditeur attentif et diplomate concerné.

M. l’ambassadeur Fournier a lui-même créé la surprise en s’exprimant à la presse à l’issue de ces comptes rendus. Ses propos ont été repris dans les médias et commentés dans les forums, parce qu’ils expriment tout haut ce que certains craignent ou pensent, et parce que sa fonction fait de lui un porte-parole non seulement de la France – qui jouit d’une certaine aura depuis l’intervention armée en Libye - mais aussi de l’Union européenne.

Citation : « Après avoir écouté tout cela, j’ai, en tant que diplomate européen, un sentiment de dépression qui m’envahit. Les tentatives de l’Union européennes semblent vaines. Aucun progrès n’est visible dans le domaine de l’avancement des valeurs européennes. Il n’y a pas de média indépendant, aucune confiance dans les syndicats, aucun progrès visible dans l’économie… C’est une catastrophe. A vous entendre, j’ai le sentiment de vivre dans un pays néobolchevique, sans aucune liberté. » 

M. l’Ambassadeur a toutefois exprimé l’espoir que la Politique européenne de voisinage parviendra à changer la situation en Géorgie. Il a invité les Géorgiens à proposer davantage de tables rondes sur ces thèmes, et l’organisatrice du colloque a conclu sur une note positive, admettant que les réformes engagées avaient aussi des aspect positifs.
 

Dépêche publiée le 21/03/2011

Publié dans Géorgie-Europe

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