Géorgie : Zourab Noghaïdéli, traître ou précurseur?

Publié le par sophie tournon

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Dépêche publiée le 18/02/2010


Par Sophie Tournon. Sources : Apsny.ge, Civil Georgia, Georgia Times, Eurasianet, Rosbalt



L’ancien Premier ministre de Mikhéil Saakachvili, actuellement leader du parti d’opposition «Pour une Géorgie juste», Zourab Noghaïdeli se positionne de plus en plus nettement sur la scène politique. Insignifiant en termes de base militante et d’électeurs, son parti se fait un nom à mesure des actes et des déclarations de son leader.

Z. Noghaïdéli a choisi d’endosser le rôle inconfortable d’ennemi public géorgien tout désigné du fait de sa stratégie de dialogue renoué avec le Kremlin. Opposant anciennement allié au Président parmi tant d’autres, Z. Noghaïdéli n’a jamais réussi à hisser son parti au premier rang des adversaires de taille au Président en place. Sa notoriété a toutefois pris un virage inattendu depuis qu’il s’est déclaré l’allié pragmatique des autorités russes, alors que le consensus quasi unanimement admis dans la classe politique géorgienne veut que Moscou demeure un voisin infréquentable, surtout depuis le conflit d’août 2008. Z. Noghaïdéli s’est ainsi clairement positionné en faveur d’une reprise de contact avec le président Medvedev, au nom d’une logique géographique, historique et géopolitique devant permettre à la Géorgie de sortir de l’impasse dans laquelle l’actuel Président l’aurait menée.

Mais sa notoriété est loin d’être positive : rares sont ceux qui, en Géorgie, voient en Z. Noghaïdéli un «pragmatique», malgré ses «coups d’éclat» en Ossétie du Sud (il était présent lors de la libération des jeunes Géorgiens retenus par les autorités de Tskhinvali) et à Koutaïssi (il s’est fait le hérault des critiques de l’explosion du Mémorial de Koutaïssi à la gloire aux soldats tombés lors de la Seconde Guerre mondiale, que Vladimir Poutine a promis de reconstruire à Moscou). Tout au contraire, Z. Noghaïdéli incarne l’image du traître, du cheval de Troie, de la marionnette aux mains du Kremlin, il serait «l’Ordjonikidze du XXIe siècle». Sa rencontre avec le Premier ministre russe Vladimir Poutine le 23 décembre 2009, comme la concrétisation de l’accord entre son parti et celui majoritaire en Russie «Russie unie», signé de lui-même et du Président de la Douma Boris Gryzlov le 9 janvier, le désignent comme un «collaborateur». Ainsi, la plupart des leaders de l’opposition géorgienne se sont unis sous le slogan «tous moins un» pour souligner leur rejet de son parti «filiale du Kremlin».

Selon un analyste russe circonspect face au parti de Z. Noghaïdeli, le Kremlin tente probablement une «expérience» en s’alliant avec un parti aussi inconsistant et impopulaire. Autre point de vue, un député géorgien se désole que la Géorgie ait toujours eu par le passé des traîtres, sorte de mal géorgien récurrent. Une chose est sûre néanmoins, en prenant ouvertement position pour un rapprochement avec Moscou, Z. Noghaïdéli oblige l’opposition à se positionner à son tour vis-à-vis de lui et de la Russie. Le «tout sauf Saakachvili» jusqu’alors en cours devenu «tout sauf Noghaïdéli» est un signe de sa relative importance, tout au moins discursive, dans l’arène politique. Les prochaines municipales à Tbilissi donneront certainement l’occasion de vérifier sa place parmi les opposants, en quête d’union pour se doter d’un candidat unique.


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Publié dans Politique intérieure

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