Lavrov : "Saakachvili a manipulé le plan Madvedev-Sarkozy"

Publié le par sophie tournon

Extrait de l'interview du ministre russe des Affaires étrangères accordées au journal russe Kommersant.

 

Journaliste : Vladimir Soloviov

 

A lire sur : http://www.lefigaro.fr/publiredactionnel/2010/06/23/06006-20100623ARTWWW00395-serguei-lavrov-nos-partenaires-doivent-surmonter-une-barriere-psychologique-tres-importante.php

 

... Revenons aux frontières russes. Depuis août 2008, la Russie considère comme résolus les conflits sur le territoire de la Géorgie. Néanmoins, elle se trouve en minorité sur ce sujet. Est-ce définitif pour Moscou ? Est-ce à jamais un statu quo ?

Pour nous, la question est définitivement résolue. Je me permettrais même d'affirmer qu'il en va de même pour les autres pays sérieux qui, à cause du politiquement correct ou pour d'autres raisons politiques, ne peuvent pas le reconnaître officiellement. J'ai déjà dit à maintes reprises que ce n'était pas notre choix et que tous les griefs éventuels doivent être adressés à Mikhaïl Saakachvili qui a détruit l'intégrité territoriale de la Géorgie. Jusqu'à ce qu'il donne l'ordre criminel de tuer nos soldats de la paix et les habitants d'Ossétie du Sud, la Russie a tenté de l'aider à résoudre les conflits en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Il a tout détruit.

Vous avez dit récemment que même après la phase militaire du conflit d'août, la Géorgie avait encore la possibilité de garder ces territoires.

Quand le but de l'opération contre l'agression a été atteint et que le président de la Russie a donné l'ordre d'y mettre fin, le plan Medvedev-Sarkozy a été établi. Il a servi de base aux actions ultérieures. Le sixième article de ce texte rappelle la nécessité d'entamer des discussions internationales sur le statut de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud et sur la sécurité de ces régions. Nous l'avons signé. C'est-à-dire que le 12 août 2008, jour de la fin de l'opération militaire, le président russe a accepté le fait que le statut de ces régions devait faire l'objet d'une discussion internationale.

Cela veut-il dire que la Russie n'avait pas l'intention de reconnaître l'indépendance de ces républiques ?


Nous n'avions pas d'ambitions géopolitiques. Nous n'avions que la volonté d'arrêter le massacre de nos citoyens et des habitants d'Ossétie du Sud. Nous venions juste de reprendre souffle et nous étions dans les conditions politiques dont je vous parle maintenant. Nous étions prêts, le jour de la fin de l'opération militaire, à continuer la discussion sur le statut de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. Le texte a été agréé. Le président français Nicolas Sarkozy l'a apporté à Tbilissi. Et puis, il a appelé pour dire que Saakachvili refusait de discuter sur le statut de ces républiques, que pour lui leur statut était clair et qu'il fallait supprimer cette phrase. Nous avons accepté.

À ce propos, Saakachvili a manipulé également d'autres parties du plan Madvedev-Sarkozy. Les six articles étaient précédés d'un préambule qui stipulait que les présidents de la Russie et de la France approuvaient les principes énoncés et appelaient les parties à les respecter. Dans le document, que Saakachvili a finalement accepté de signer, la phrase sur le statut de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud avaient été supprimée. En outre il avait censuré l'introduction. Or, il déclare aujourd'hui que le document appelle notamment la Russie à cesser certaines choses alors que l'introduction disait clairement que les deux présidents appelaient les parties à agir. C'est pourquoi on parle de plan « Medvedev-Sarkozy ».

Qu'en est-il alors des reproches adressés à la Russie qui n'aurait pas respecté les obligations du plan sur le retrait des forces armées et leur retour à leurs positions d'avant-guerre ?

Les forces de l'armée qui ont contribué à contrer l'attaque contre l'Ossétie du Sud ont été déployées sur le territoire de la Russie. À l'époque, les discussions sur le statut ont échoué, Tbilissi a fait des déclarations revanchardes, disant que la guerre n'était pas finie. C'est pourquoi on a décidé fin août que le seul moyen d'assurer la sécurité et la survie des habitants d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud était de reconnaître leur indépendance. Et les forces russes qui y sont basées actuellement se trouvent dans un contexte juridique différent, en vertu d'accords entre la Russie et les deux pays qu'elle a reconnus. La Russie a respecté dans cette partie le plan Medvedev-Sarkozy.

À ce propos, ceux qui disent que nous devons revenir sur la ligne d'avant le 8 août oublient qu'avant cette date nos forces se trouvaient au milieu du territoire géorgien, car les forces de maintien de la paix n'étaient pas uniquement en Ossétie du Sud, qui faisait partie de la Géorgie à l'époque, mais également en dehors de ses frontières. La situation en Abkhazie était identique. C'est pourquoi, si l’on nous invite à quitter les frontières d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie pour reprendre les positions occupées avant le 8 août 2008, je serais reconnaissant qu'on nous le dise clairement.


Retrouvez la version intégrale de l’interview sur le sitewww.larussiedaujourdhui.fr

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Publié dans Géorgie-Russie

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