Le futur parlement piétine la mémoire des héros de la Deuxième guerre mondiale

Publié le par sophie tournon

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Dépêche publiée le 18/12/2009

Par Sophie Tournon. Sources : Georgia Times, Kavkazski Uzel


Le gouvernement géorgien a entamé, ce 12 décembre, la destruction du monument aux morts de la Deuxième Guerre mondiale situé à Koutaïssi. L’objectif est de faire place pour le futur bâtiment qui accueillera le Parlement géorgien, déménagé de Tbilissi pour cette grande ville de province afin d’incarner une certaine décentralisation et réveiller une région prometteuse mais léthargique. Ce parlement accueillera les seules sessions plénières, et ce dès les prochaines élections législatives prévues en 2012, suivant l’amendement porté à la Constitution géorgienne en septembre. Pour autant, le choix de l’emplacement pose doublement problème. Pourquoi transférer les députés dans cette capitale régionale, et pourquoi construire justement à la place d’un mémorial aussi important, en termes de symbole comme de taille ?

Le monument aux morts, une arche géante soutenant une large fresque et surplombant une statue équestre érigés en 1981 (sculpteur : Mérab Berdzenichvili), ne sera pas déplacé du fait de son état et surtout du coût d’une telle opération. Selon le maire de Koutaïssi, seule la statue sera conservée et déplacée en l’honneur des soldats géorgiens morts au front. Cette décision a suscité la colère des partis d’opposition et de l’élite intellectuelle, qui y voient un acte de « vandalisme » et un irrespect de l’histoire et de la mémoire nationale. Les Chrétiens-démocrates soulignent l’autoritarisme de cette décision qui fait fi de l’opinion de la population. En outre, le monument doit être détruit par explosions le 21 décembre, date anniversaire du président géorgien Mikhéil Saakachvili.

Cet acte a été longuement débattu par les députés russes, qui y voient un « crime » contre la mémoire de la Grande Guerre patriotique. D’après le journal en ligne pro-russe Georgia Times, la destruction de ce mémorial s’inscrirait dans la droite ligne d’une politique de réécriture de l’histoire par les autorités géorgiennes. Selon cette approche, la Géorgie tenterait de faire des anciens « traîtres à la patrie », engagés dans les troupes de la Wehrmacht contre Staline, des héros : la lutte contre l’URSS serait ainsi présentée comme plus importante que celle contre le fascisme. Dans cette optique, les monuments soviétiques, quand bien même ils seraient adressés à des héros géorgiens, n’auraient plus leur place dans une Géorgie nouvelle, débarrassée de ses « oripeaux staliniens ».

Le gouvernement géorgien est-il à ce point soviétophobe, ou n’est-il que « malavisé » dans ses prises de décision non concertées ?

Publié dans Culture

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