Le livre qui divise la Géorgie

Publié le par sophie tournon

regard-est.com

 

Par Sophie Tournon (Sources : Kavkasia, Rustavi 2, Alia, Tskheli Chokoladi, Tabula)           

 

Saidumlo siroba, jeu de mot graveleux sur « la cène », est un petit livre paru ce mois d’avril 2010 en Géorgie. Eréklé Déisadzé, l’auteur, un jeune homme de 20 ans, décrit dans ce premier livre des scènes crues et violentes, inédites dans le paysage littéraire géorgien. Homosexualité, meurtre gratuit, rêve d’inceste, critique de la religion, cynisme et nihilisme… La coupe est pleine, elle a même débordé quand le livre a eu droit à une présentation officielle à l’université Ilia.

 

Le lendemain, des étudiants et leurs parents membres d’une association orthodoxe radicale manifestaient devant l’établissement pédagogique, accusant le recteur d’athéisme, de traîtrise, et appelant à sa démission. La police, présente, n’a rien fait pour empêcher les heurts entre ces défenseurs de l’orthodoxie et les partisans de la liberté de parole. Le surlendemain, une contre-manifestation s’est tenue sur les mêmes lieux, et de nouveaux heurts sont survenus.

 

Deux débats se sont alors superposés: l’un concerne la liberté de parole, l’autre le rôle de l’Eglise. Le 7 mai, la chaîne de télévision indépendante Kavkassia mettaient face а face des partisans irréconciliables de chaque bord. Le ton de la discussion montait quand des popes et civils orthodoxes ont investi le studio, suivis par la police.

 

Le débat provoqué par cet opuscule, décrit par l'éditeur comme une satire provocatrice postmoderne osant toucher les tabous de la société géorgienne, soulève deux types de questions. En premier lieu, le livre pose la difficile et pourtant classique question du licite et de l’illicite en termes de morale, d’éthique, de tolérance… Ce faisant, il franchit sciemment la limite traditionnellement posée par l’Eglise orthodoxe géorgienne, gardienne des valeurs morales et religieuses. Il pose aussi la question de la liberté de parole et de ses frontières. A ce niveau, le débat concerne la philosophie et est une véritable question de société ancrée dans l’actualité ,d'une Géorgie qui s’affirme démocratie moderne et société ouverte.

  

En second lieu, le livre apparaît comme un prétexte dans une guerre silencieuse et symbolique qui opposerait d’une part, certains représentants politiques du gouvernement partisans d’une politique de sécularisation et, d’autre part, l’Eglise, qui influence différentes sphères publiques telle l’éducation et, aussi, la politique.

 

La polémique ne fait que commencer, et beaucoup attendent que le patriarche intervienne, pour prendre position ou pour apaiser les esprits.

 

saidumlo.jpg

*

 

 

Publié dans Culture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article