Les Géorgiens de Russie : nouveaux «étrangers lointains»

Publié le par sophie tournon

Dépêche publiée le 26/02/2010
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Par Sophie Tournon. Sources : Kommersant, Service fédéral russe des statistiques (gks.ru)



Les statistiques russes l’affirment: la Géorgie ne fait plus partie de «l’étranger proche» de la Russie. Cette expression est originellement destinée aux anciennes républiques de l’URSS et est devenue l’étiquette des pays de la «chasse gardée», ou de la zone d’influence, russe. Cette dernière a été mise à mal avec, entre autres, l’éloignement politique des Etats baltes, puis des révolutions dites colorées en Ukraine, Géorgie et Tadjikistan. Toutefois, la distanciation de certains pays vis-à-vis de la Russie n’a pas forcément été suivie d’une éviction de cet «étranger proche» par les institutions, et encore moins par le pouvoir russe.

La Géorgie a fait savoir qu’elle se retirait de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) à la suite du conflit d’août 2008 contre la Russie. Un an après, la procédure a été validée, et depuis peu, les derniers représentants géorgiens se sont définitivement retirés de toutes instances diplomatiques. Ce faisant, la Géorgie devient pour la Russie un pays de «l’étranger lointain.»

Suivant les données des Statistiques russes, pour l’année 2009, la Géorgie devient la source principale d’émigrants en provenance de l’étranger lointain : 5 916 immigrants, loin devant l’Allemagne (2 070 immigrants). Les Géorgiens, nouvellement promus étrangers lointains, comptent dès lors pour 40% de ces étrangers lointains entrant sur le territoire de la Fédération russe. Dans le même temps, seuls 465 Géorgiens ont quitté la Russie (et 3 147 Allemands!). Au final, ces données soulignent le rôle prépondérant des Géorgiens dans les flux migratoires des étrangers lointains : alors que le solde migratoire net des étrangers lointains sans les Géorgiens pour 2009 est négatif (-559), l’afflux massif de Géorgiens renverse cette tendance (+4595).

Citons enfin cette réaction ironique de l’économiste géorgien Giorgi Khakhouchvili, qui tient ce déplacement géopolitique de la Géorgie pour un acte politique russe : «Si la Russie pouvait placer la Géorgie non pas dans son étranger lointain, mais dans le plus lointain des confins, elle le ferait.»

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Publié dans Géorgie-Russie

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