Les séparatismes pro-russes : Abkhazie, Ossétie du Sud, Transnistrie

Publié le par sophie tournon

Du site de David Teurtrie, docteur en géographie et spécialiste de l'espace post-soviétique. 

http://www.russiegeopolitique.org/Les_separatistes_pro-russes.html

 

L’INTERNATIONALE DES SÉPARATISTES PRO-RUSSES

 

Face aux États du GUAM, les républiques indépendantistes de Transnistrie, d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud ont créé la « Communauté pour la démocratie et le droit des peuples » (Soobshestvo za democratiju i prava narodov). La Communauté, dont la création semble devoir être attribuée à Moscou, a avant tout une valeur symbolique. Son nom sonne comme une parodie de la nouvelle appellation du GUAM « Organisation pour la démocratie et le développement économique ». Le message est pourtant clair : les républiques indépendantistes opposent au principe d’intangibilité des frontières sur lequel s’appuient les États du GUAM, celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ces deux principes pouvant être revendiqués par les deux parties comme « démocratiques ».



Au niveau économique, les membres de cette Communauté d’un nouveau genre sont tous totalement dépendants de Moscou. Pourtant, leur degré de développement économique et leur situation géopolitique respectifs ne leur donnent pas les mêmes atouts pour maintenir un cours indépendantiste.

 

L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud bénéficient à plein de la continuité territoriale avec la Russie. La quasi-totalité de leurs échanges avec le monde extérieur passent par le territoire de cette dernière. Le rouble russe fait figure de monnaie officielle de ces deux entités où les seuls investissements « étrangers » proviennent de Russie, la Géorgie menaçant tout investisseur potentiel de représailles immédiates et d’expropriation en cas de retour de ces territoires sous sa juridiction. La majorité des habitants des deux républiques autoproclamées ont obtenu des passeports intérieurs russes. Ces deux républiques sont devenues des sujets de facto de la Fédération de Russie. Leur situation ressemble à s’y méprendre à celle de protectorats d’un espace impérial comme en a connu l’Empire russe dans son passé.

 

1.      L’Ossétie du Sud : maillon faible des républiques indépendantistes

 

L’Ossétie du Sud est la plus faible des républiques indépendantistes. Cela tient d’une part au fait qu’elle est la moins développée économiquement et d’autre part à la configuration de son territoire qui, peu étendu et encastré dans le territoire géorgien, la rend sensible aux pressions géorgiennes, économiques et militaires.

 

L’Ossétie du Sud a longtemps bénéficié de son statut ambigu permettant d’éviter la douane géorgienne ainsi que de son emplacement stratégique sur la principale artère reliant Tbilissi à la Russie. Cette situation a en partie pris fin avec l’arrivée de Mikhaïl Saakashvili au pouvoir, ce dernier ayant sensiblement renforcé le contrôle des échanges avec la république rebelle avant d’organiser une sorte de blocus accompagnée d’une guérilla « étatique » visant à maintenir l’insécurité au sein même de la république autoproclamée (escarmouches, coupure de l’alimentation en eau...) et à hypothéquer toute perspective de stabilisation économique de la région. L’objectif de Tbilissi est de démontrer aux républiques indépendantistes qu’elles ont tout à perdre à vouloir s’opposer à la réintégration au sein de l’État géorgien. En jouant sur la lassitude de la population, la Géorgie compte obliger les dirigeants indépendantistes à entamer des négociations à ses conditions. Il semble pour le moment que cette stratégie n’ait fait que radicaliser les indépendantistes qui ont reçu le soutien réaffirmé de Moscou. La Russie veut en effet démontrer à la Géorgie qu’elle ne pourra pas réintégrer le territoire indépendantiste contre la volonté russe. Les conditions implicites posées par Moscou pour soutenir une telle perspective sont l’abandon par la Géorgie de ses projets d’intégration à l’OTAN et sa fédéralisation, ce qui permettrait à la Russie d’exercer un droit de regard sur les affaires géorgiennes au travers de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.

 

Et pour atteindre ses objectifs, Moscou a donné du contenu à sa politique envers ces territoires séparatistes. D’après le porte-parole du parlement de la république indépendantiste, en 2006, sur 800 millions de roubles de revenus, le budget de l’Ossétie du Sud en a reçu 500 millions (soit 60 %) directement versés par le gouvernement russe, aide qui serait en forte augmentation pour 2007. Mais l’aide russe n’est pas seulement financière. Moscou a entrepris de reconstruire les infrastructures de la république en les reliant directement à la Russie. C’est ainsi que pour renforcer la viabilité économique du territoire, Gazprom construit un petit gazoduc reliant directement l’Ossétie du Sud à l’Ossétie du Nord pour un coût estimé à 15 millions de roubles. De même, une nouvelle route reliant directement la république au territoire russe est en construction pour un coût de 340 millions de roubles. Selon le même modèle de liaison directe Russie-Ossétie du Sud, une nouvelle ligne électrique a été achevée en septembre 2007, tandis qu’une conduite d’eau doit l’être prochainement, l’Ossétie étant partiellement dépendante à l’heure actuelle de la Géorgie pour son approvisionnement en eau potable.[1] Tous ces projets prouvent que le soutien de la Russie à Tskhinvali s’inscrit dans une stratégie à long terme.

 

Géorgie 

 

2.      Les atouts de l’Abkhazie

 

L’Abkhazie bénéficie de la situation la plus favorable parmi les républiques indépendantistes pro-russes. Elle est la seule à disposer d’une façade maritime, qui plus est longue de plusieurs centaines de kilomètres et de ports tels que Soukhoumi (la capitale), ce qui lui permet théoriquement d’entretenir des relations économiques autonomes avec l’extérieur, et surtout renforce considérablement son intérêt stratégique aux yeux de Moscou. L’importance de la côte abkhaze sur la mer Noire constitue pour les autorités indépendantistes la meilleure garantie du soutien de la Russie. L’Abkhazie possède également, parmi les républiques indépendantistes, le territoire le plus vaste et le plus compact ainsi qu’une longue frontière commune avec la Russie, les communications avec le territoire russe étant facilitées le long de l’étroite plaine côtière qui s’ouvre sur la région de Sotchi. L’Abkhazie, très touchée par le conflit avec Tbilissi, est encore en phase de reconstruction. Elle bénéficie quelques d’investissements russes dans le secteur touristique, la côte abkhaze faisait en effet partie avec la région de Sotchi de la « riviera » de l’ex-URSS.

 

Son isolement économique a été renforcé quand les autorités géorgiennes ont entrepris un blocus maritime qui l’empêche de commercer librement avec des pays comme la Turquie, devenue dans les années 1990 un important partenaire économique de la république indépendantiste. Ce blocus a renforcé les positions de la Russie en tant que partenaire économique prépondérant, voire quasi-exclusif. La perspective des Jeux olympiques d’hiver de 2014 a suscité de nombreuses spéculations dans les médias russes et géorgiens sur l’intention supposée de la Russie d’en profiter pour renforcer l’annexion rampante de l’Abkhazie par l’inclusion de la république indépendantiste dans les programmes d’investissements pour la construction des infrastructures olympiques.[2] Une chose apparaît certaine, les très importants flux financiers qui doivent accompagner la mise à niveau de toutes les infrastructures de la région dans la perspective des Jeux ne peuvent que renforcer l’influence russe dans l’ensemble du Caucase.

 

De fait, Moscou multiplie les gestes d’intégration économique de la république indépendantiste. Ainsi, les officiels russes ont annoncé en début octobre 2007 que les vins abkhazes seraient désormais à nouveau autorisés à être exportés vers la Russie alors même que l’embargo contre les vins géorgiens se poursuit.[3] Cette mesure à forte valeur symbolique est le signe que Moscou a décidé d’accélérer l’intégration de l’économie abkhaze sans plus tenir compte de la nature de ses relations avec Tbilissi.

 

 


[1] Lowe (C.), « Money the Big Attraction in S. Ossetia », The Moscow Times, 26/07/2007, p. 2
[2] voir notamment Gamova (S.), « Olimpijskij triumf Abkhazie », Nezavisimaja Gazeta, 26/07/2007, p. 1
[3] Sergeev (M.), « Gruzin podraznili abkhazkim vinom », Nezavisimaja Gazeta, 05/10/2007, p. 4

 

 

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