Russie – Géorgie : « La Géorgie a attaqué la Russie »

Publié le par sophie tournon

Sophie Tournon (sources : civil.ge, Rossiiskaya Gazeta) pour Regard sur l'Est (regard-est.com)

27.02.2011

C’est ce qu’estime Alexandre Torchine, vice-président de la Chambre haute du Parlement russe, dans un entretien accordé à la Rossiiskaya Gazeta le 25 février 2011. Selon lui, l’acte terroriste de l’aéroport Domodedovo, qui a fait 36 victimes le 24 janvier 2011, est imputable au Président géorgien Mikhéil Saakachvili, et non aux rebelles du Nord Caucase, comme officiellement présenté. Et le journaliste d’oser supposer que si la Géorgie était l’organisateur de cet attentat à Moscou, le commanditaire pourrait venir de bien plus loin encore. Hypothèse balayée par M. Torchine, qui affirme: «Saakachvili ne cache pas sa haine envers nous. Il a fait de la russophobie un produit à vendre. Il n’y a rien de plus à chercher dans cette histoire.»

Cette affirmation n’est qu’une pierre de plus dans le jardin miné des relations russo-géorgiennes: ce type de déclaration provocatrice  n’est pas rare, et les deux gouvernements sont des adversaires-partenaires bien rodés dans ce jeu de guerre rhétorique. L’art des phrases chargées comme des armes s’est développé depuis plusieurs années et a pris son envol depuis la guerre russo-géorgienne d’août 2008. Ce florilège anti-diplomatique, politiquement incorrect aussi grinçant que choquant mériterait son dictionnaire.

Parmi les plus saillants de ces traits d’esprit plus souvent taillés pour les médias que pour les personnes nominalement visées: M. Saakachvili est déclaré «cadavre politique» par le président Dmitri Medvedev en septembre 2008, et M. Saakachvili a comparé V. Poutine, alors président, à Chah Abbas connu pour avoir ravagé la Géorgie au XVIIIe siècle (23 janvier 2003), et la politique de la Russie de D. Medvedev à «celle d’un reptile, d’un crocodile prêt à vous dévorer» (25 janvier 2011).

Les stratégies déclaratives des deux gouvernements «ennemis» sont singulièrement identiques: considérer que le dialogue est impossible avec l’équipe dirigeante en place, et encenser la population de l’autre, réputée endurante, courageuse et prise en otage par son président. Les échanges réels qui se nouent sont toutefois de nature différente. Côté russe, le Kremlin accueille à bras ouverts les quelques personnalités géorgiennes de l’opposition qui viennent lui faire allégeance, tels N. Bourdjanadze et Gatchetchiladze, et abrite un oligarque d’origine géorgienne, Alexandre Ebralidze, qui prétend vouloir participer à la prochaine élection présidentielle géorgienne en tant que candidat patriote indépendant. Côté géorgien, la dernière stratégie en date est de se soucier d’un Caucase unifié incluant les peuples caucasiens du Nord Caucase. Il s’est agi pour le Parlement géorgien d’abord de réfléchir à une loi sur le « génocide des Tcherkesses » perpétué au XIXe siècle, afin de porter ombrage aux J.O. de Sotchi en 2014 qui doivent se dérouler à proximité de la région théâtre de ce génocide. Par ailleurs, les autorités géorgiennes ont décidé d’ouvrir leurs frontières aux Nord Caucasiens, exemptant de visa ces frères de culture.

L’élection présidentielle géorgienne aura lieu en 2013, d’ici là, d’autres piques ne manqueront d’être faite, alimentant la liste déjà fournie des échanges de politesse entre les deux voisins condamnés à se supporter.

 

 

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