T. Yakobachvilil : "Un programme pour réunir les Géorgiens"

Publié le par sophie tournon

Le Monde du 10 août 2010.

 

Il y a deux ans, alors que les forces russes se déversaient à travers les frontières internationalement reconnues de la Géorgie dans les régions d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie et plus loin encore, une crise humanitaire a débuté.

 

Des civils géorgiens furent chassés de leurs foyers et villages par les troupes russes qui progressaient. Même si la guerre n'a duré que quelques semaines, la souffrance est continue pour des milliers de citoyens géorgiens qui sont dans l'impossibilité de retourner chez eux, ainsi que pour ceux qui vivent toujours sous l'occupation russe.

 

Le cessez-le-feu négocié par l'Union européenne, qui a stoppé le conflit ouvert entre la Russie et la Géorgie, exigeait que les Russes travaillent au retour sécurisé et digne dans leurs foyers de toutes les personnes déplacées et des réfugiés.

 

Le cessez-le-feu rejette l'utilisation de la force comme moyen de modifier les frontières de l'Europe du XXIe siècle, exige des forces russes qu'elles se retirent sur leurs positions d'avant la guerre et respectent la souveraineté territoriale de la Géorgie. Comme le ministre des affaires étrangères français, Bernard Kouchner, l'a récemment affirmé, "la Russie a failli à respecter certains paragraphes de l'accord". Mais cela ne peut empêcher le gouvernement et le peuple de Géorgie de poursuivre les objectifs énoncés dans l'accord de cessez-le-feu.

 

Pendant les deux ans qui ont suivi la guerre, le gouvernement géorgien a fait d'énormes progrès dans la reconstruction du pays, et dans l'économie et le développement des institutions démocratiques qui la maintiendront. Nous avons aussi lancé un plan audacieux pour réintégrer l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie dans la démocratie géorgienne, alors même que la Russie a décidé de rendre permanente son occupation illégale du territoire géorgien.

 

Même si le gouvernement géorgien n'a pas de contrôle sur l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, la communauté internationale perçoit les deux zones comme des territoires géorgiens occupés - nous reconnaissons que tous ceux qui y habitent et tous ceux qui souhaitent retourner dans leurs foyers ont les mêmes droits et protections attachés à la citoyenneté géorgienne que leurs compatriotes vivant hors de ces territoires occupés.

 

A cette fin - et de concert avec les organisations de la société civile, ONG, gouvernements étrangers et organisations internationales - le gouvernement géorgien a exposé une stratégie de construction de partenariats sociaux et économiques entre les populations vivant de chaque côté des lignes de démarcation actuelles.

A travers ce programme, et reconnaissant qu'il ne peut y avoir de solution militaire à ce problème, nous avons comme objectif de réaliser la réunification volontaire des communautés aujourd'hui divisées par des postes de contrôle et des barbelés.

 

Nous établirons bientôt une agence de coopération afin de promouvoir le développement des entreprises en Abkhazie et Ossétie du Sud et dans les zones adjacentes de la Géorgie. Nous les aiderons à intégrer les marchés internationaux en instituant un laboratoire de contrôle de qualité certifiant la conformité des produits locaux aux standards internationaux. Nous établirons aussi un fonds privé pour aider les entreprises à travers les lignes de démarcation afin de soutenir celles qui pourraient avoir des difficultés à attirer des investissements.

 

Les infrastructures seront aussi développées, avec des fonds spécifiques pour la réhabilitation des routes en Abkhazie et Ossétie du Sud, la mise en place de services de bus entre les régions et Tbilissi, et un ferry pour relier les ports de Batoumi et de Soukhoumi. Nous avons même proposé d'offrir à la totalité de l'Abkhazie un service d'accès gratuit à Internet, ainsi que des ordinateurs portables gratuits aux élèves des écoles primaires (comme ce sera le cas partout ailleurs en Géorgie).

 

Notre programme permettrait aussi aux résidents des deux zones d'accéder aux universités géorgiennes et à des programmes de bourse pour étudier à l'étranger.

 

Ce ne sont que quelques propositions du programme qui sera mis en place afin d'éviter que les communautés séparées par ce conflit soient coupées de façon permanente en termes économiques, sociaux et politiques de la Géorgie et de la communauté internationale. Il n'y a pas de doute que le chemin vers la réunification sera long et difficile, et nous n'entretenons aucune illusion quant aux défis que nous avons à relever dans la mise en oeuvre de notre stratégie d'engagement.

 

Mais il est de la responsabilité du gouvernement géorgien de faire tous les efforts possibles pour soutenir et resserrer les liens avec ses citoyens en Abkhazie et Ossétie du Sud - pas seulement afin d'éviter leur isolement économique et politique, mais pour accélérer le retour des personnes déplacées et des réfugiés chez eux.

 

Mais, avant tout, la Géorgie et la communauté internationale doivent rester fermes sur le principe que les frontières ne peuvent être changées par la violence et l'agression. Ces méthodes, qui avaient cours lors des siècles passés, n'ont engendré que guerres, instabilités et tragédies.

Ce à quoi nous aspirons, c'est la fin de l'occupation et la réunification pacifique de notre pays. Et nous attendons le jour où tous les citoyens de Géorgie - quelle que soit leur ethnie - pourront vivre ensemble en paix et dans la prospérité, choisir leur propre avenir et assumer leur juste place dans l'Europe libre et démocratique.

 

Temuri Yakobashvili, ministre d'Etat géorgien à la réintégration
 Le Monde, 10 août 2010
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