Réactions aux conclusions de l'enquête sur les causes de la guerre d'août

Publié le par sophie tournon

Dépêche publiée le 30/09/2009

Par Sophie Tournon. Sources : Civil Georgia, Vzgliad

Le rapport final de la commission d’enquête indépendante et internationale, missionnée par l’Union européenne, sur les causes du conflit d’août 2008 a enfin été rendu, ce mercredi 30 septembre 2009. Cette commission, dirigée par la diplomate suisse Heidi Tagliavini et composé d’une trentaine d’experts (diplomates, militaires, historiens et juristes), a longuement étudié la question de la responsabilité d’un conflit qui a opposé pendant 5 jours la Géorgie et la Russie en Ossétie du Sud. Ses enquêteurs se sont rendus de nombreuses fois en Géorgie, en Ossétie du Sud, en Russie et aussi en Abkhazie, afin de rencontrer militaires, représentants politiques, ONG et individus ayant directement été acteurs ou témoin de cette guerre éclair. Le rapport, qui compte plus de 900 pages, dont 2/3 d’annexes, sera prochainement disponible sur le site : http://www.ceiig.ch/

Les conséquences de ce conflit sont de plusieurs types : nombreuses victimes (morts, blessés, déplacés et réfugiés) sud ossètes, géorgiennes et russes, gel des relations diplomatiques entre Tbilissi et Moscou, agrandissement territorial de l’Abkhazie aux dépends de la Géorgie, reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, et gel du rapprochement OTAN-Géorgie, à mettre sur le compte du réchauffement des relations américano-russes menées parallèlement par Washington. La liste n’est pas exhaustive…

Déjà les réactions pleuvent. Le ministre géorgien aux Réintégrations de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, M. Témour Yakobachvili, se félicite que « nulle part dans le rapport il est dit que la Géorgie a commencé la guerre, mais que cette provocation de guerre était depuis longtemps en préparation. » Il conteste « l’interprétation » donnée aux forces d’interventions russes, selon lui minimisées par le rapport, ainsi que l’affirmation selon laquelle la Géorgie a visé le personnel russe de maintien de la paix (peacekeeper). M. Yakobachvili a fait un rapprochement avec 1921, date de la chute du gouvernement géorgien précipitée par les Bolchevicks : « Nombreux sont ceux qui critiquent le choix de la violence, mais je rappelle qu’en 1921, le gouvernement géorgien a fait un tout autre choix, ce qui a lui coûté 72 ans d’esclavage sous le régime russe et soviétique. Nous avons donc pris la bonne décision. » En conclusion, pour le ministre, qui n’attend pas grand-chose de ce rapport, la seule chose qui compte est de faire admettre que la Russie ne remplit aucunement ses obligations internationales, notamment le plan « Sarkozy-Medvedev ».

Si côté géorgien, la colère contre une conclusion défavorable (la Géorgie est responsable) a fait progressivement place à un ton plus conciliant, qui fait la part belle aux points forts contenus dans le rapport (la Russie provoquait depuis longtemps la Géorgie), en Russie, la satisfaction est de mise. Le représentant de la Russie en Europe Vladimir Tchijov l’a trouvé « globalement objectif », et s’est déclaré soulagé de voir que l’enquête a bien conclu à la responsabilité totale de la Géorgie, « qui est l’agresseur parce qu’elle est celle qui a commencé la guerre. » Le même déplore toutefois l’accusation d’une utilisation « disproportionnée » de la violence, ce qu’il réfute au nom du droit à défendre la population civile sud ossète et ses propres observateurs. Le représentant russe à l’ONU a été jusqu’à dire que « l’Occident devra désormais présenter ses excuses à la Russie pour l’avoir tant dénigrée. »


© CAUCAZ.COM | Dépêche publiée le 30/09/2009

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